« Au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux,
le Très-Miséricordieux »
Cest par cette dédicace qui
est une formule coranique que lEmir Abd el-Kader, comme tout musulman,
commençait tout exposé, ou initiait tout acte. Celui qui
est appelé lEmir Abd el-Kader ne fut pas seulement un émir,
cest-à-dire un détenteur du pouvoir temporel, reconnu
dailleurs à ce titre pour sa justice, sa clémence
et sa noblesse, même par ses adversaires, comme la évoqué,
dernièrement en ces lieux, dans une conférence précédente,
Bruno Etienne, il fut aussi et surtout le Shaykh Abd el-Kader,
cest-à-dire un maître de la voie spirituelle en islam,
un shaykh du Taçawwuf, du soufisme, comme nous disons en Occident.
Et cest donc de ce soufisme, de
cette voie spirituelle, qui fut à la fois le noyau et la mesure
de son existence que nous voudrions nous entretenir ce soir, ce qui
pourra dailleurs apporter un éclairage sur la noblesse
reconnue par tous, à lexercice de sa fonction temporelle.
Lorigine du soufisme remonte,
daprès les soufis eux-mêmes, aux compagnons du Prophète
Muhammad, notamment « aux gens de la banquette »
(ahl aç-çuffa), les plus pauvres qui, habitant
près des appartements de ce dernier, dans la première
Mosquée de Médine, restaient avec lui après les
rites communs, dans une proximité qui nétait pas
que géographique et qui, ainsi, reçurent de lui un enseignement
plus profond, à la mesure de la soif de connaissance quils
avaient.
Une deuxième signification, non
contradictoire, fait dériver taçawwuf du mot çûf,
« laine », pour signifier « se vêtir
de laine », les premiers soufis ne portant, à ce quon
rapporte, comme dailleurs le Shaykh Abd el-Kader, que des vêtements
de laine pure, blanche, à limage des Prophètes.