APPEL DE LA COMMUNAUTE MUSULMANE
En ce mois de mars 2012, des vnements dĠune exceptionnelle gravit sont venus bousculer nos consciences. Reconnaissons lĠpreuve, et regardons-la en face.
Dans un moment de grande unit, en prsence des hauts responsables militaires, nous nous sommes tous recueillis, la Mosque de Lyon, devant le cercueil de notre frre Mohamed Farah Chems-eddine Legouad. Cet appel lui est ddi.
La mort tragique de Mohamed nous le rappelle : nous ne sommes sur terre que de passage. Dans la joie comme dans la peine, face au bonheur comme face lĠhorreur, chacun est face son destin. Quand tout parait si difficile, il nous reste lĠinterrogation en conscience. Ne cherchons pas la faute chez les autres ! Regardons plutt ce que nous pouvons faire pour rendre le monde meilleur. CĠest notre devoir.
Des hommes et des enfants ont t tus parce quĠils portaient lĠuniforme ou parce quĠils taient Juifs. Ils taient nos frres et nos sÏurs. Ils sĠappelaient Myriam, Imad, Ariel, Mohamed, Jonathan, Abel et Gabriel.
Aucune raison au monde suppose ou relle, aucune idologie, aucune croyance ne saurait justifier de tels actes barbares.
Oui ! Nous avons des diffrences, qui sont celles de nos cultures. Ne les cachons pas, car lĠessentiel nous unit : nous sommes des tres humains, unis par le serment de lĠhumanit. Nous sommes libres et gaux, dans le respect mutuel qui fonde la vie sociale.
Devant la socit qui sĠinterroge, devant notre effroi face au crime, posons-nous la question : Ç Nous, musulmans, que pouvons-nous dire ? Que pouvons-nous faire ? Que pouvons-nous rpondre ? È
Depuis que lĠidentit de lĠauteur de ces crimes barbares a t divulgue, la communaut est saisie par le doute.
Elle ne peut rester inerte, ni passive. Sachons-nous montrer la hauteur !
Les musulmans ne sont pas de la deuxime ou de la troisime gnration ; ils font partie de lĠhistoire de la France. Ils ont grav cette histoire en lettre de sang sur les monuments aux morts de tout ce qui fait la France aujourdĠhui, du chemin des Dames, dans lĠAisne, jusquĠaux monuments aux morts dans les pays dĠAfrique, en passant par le cimetire de la Mulatire ou de celui de Chasselay
Oui, nous sommes les enfants de la Rpublique, et nous devons donner une rponse aux drives qui conduisent la violence et au crime.
LĠislam dfend des valeurs de civilisation qui considrent le respect de la vie, la diversit religieuse et la dignit humaine comme des principes universels.
La diversit est notre dfi aujourdĠhui. Elle est notre preuve de tous les jours, de tous les temps : nous nĠavons pas dĠautres choix que celui dĠapprendre respecter les amours, les sentiments et la complexit de ceux qui ne partagent pas notre Foi, ni entirement notre mmoire, mais avec lesquels nous devons construire notre avenir. Nous sommes une seule communaut de destin.
Au-del de nos diffrences, nous partageons beaucoup de valeurs partir desquelles le Ç vivre ensemble È est possible dans nos socits pluralistes, multiculturelles, et o coexistent plusieurs religions. Mieux ! Nous pouvons tre un exemple pour le monde entier, mais des efforts sont ncessaires
AujourdĠhui, les responsables musulmans de France doivent inlassablement retravailler avec leur communaut pour relire leurs textes fondateurs, tudier leur environnement, produire une pense en phase avec lĠpoque, et repenser l'ducation islamique donne leurs enfants.
Ils doivent, sans fausse pudeur, chercher comprendre les raisons qui poussent les jeunes se perdre dans des interprtations extrmistes de la religion, voire s'engager parfois dans des actes de violence.
LĠEtat doit galement assumer toutes ses responsabilits vis--vis des ntres, galit de droits. La faiblesse de lĠEtat, ou son injustice, encourage se tourner vers sa communaut pour se protger. CĠest alors la tentation du repli sur soi et de ses drives.
Que chacun sĠimplique dans ces efforts. Nous construirons ainsi lĠavenir les uns avec les autres, et non les uns contre les autres, pour vivre justement, tranquillement et paisiblement ensemble aujourdĠhui.
Nous avons en nous la force, la sagesse et la fraternit. Nous avons en nous la confiance en la loi et en la justice. La Rpublique est notre demeure. Notre devoir est dĠtre les gardiens vigilants de la fraternit sans laquelle il nĠy aurait plus de socit.
Nous musulmans de culture ou de religion musulmane runis Lyon aux cts de tous ceux de nos concitoyens qui ont bien voulu nous accompagner en ce 24 mars devant lĠHtel de ville de Lyon, la maison commune de tous,