Selon les enseignements de l’Islam, la parenté qui fonde la famille, en lui donnant toute sa valeur, correspond à une réalité surnaturelle qui est « accrochée au Trône divin », et qui se manifeste ici-bas. La parenté est une manifestation d’ar-Rahman, le Tout-Miséricordieux, et c’est par elle que se produisent les relations entre nous et Dieu, conformément au hadith qudsi : « Je suis Dieu et Je suis le Tout-Miséricordieux (ar-rahman). J’ai créé la Parenté (rahim), et J’ai fait dériver son nom d’un de Mes Noms. Qui se lie avec elle, Je me lie avec lui ; qui se sépare d’elle, Je me sépare de lui ! » (Ahmad ibn Hanbal). Il est dit également que Dieu créa les êtres, et quand Il eut achevé, la Parenté se leva et dit : « Ici est un lien et un lieu où l’on prend refuge, par Toi, contre la rupture du lien avec Toi. » (Muslim) Cette parenté est le lien sacré que Dieu a instauré entre les enfants et les parents, à travers le don de la vie. La sagesse de Dieu dans la Création a voulu que les êtres naissent à partir d’un père et d’une mère. Telle est la coutume de Dieu qu’Il a décrétée, mais qu’Il peut bouleverser s’Il le veut. C’est Lui qui nous a créés à travers nos parents, et c’est en reconnaissant ce miracle que l’on revient vers Lui.
Le lien familial comporte donc une dimension éminemment spirituelle, orientée vers le témoignage et la réalisation de l’Unicité de Dieu, au sein d’une famille plus large qui est la communauté des croyants. C’est pourquoi la tradition islamique insiste particulièrement sur la nécessité de l’unité communautaire. Et la première expression de l’unité de la communauté est le couple, dans le cadre du mariage, sans lequel il ne saurait y avoir de famille traditionnelle, spirituellement orientée.
La Tradition islamique ne manque pas de rappeler les bienfaits du mariage et de la vie familiale, mais aussi leurs dangers. Selon le hadith : « Viendra un temps où la ruine de l’homme sera le fait de son épouse, de ses parents et de ses enfants : ils lui feront honte de sa pauvreté et le chargeront de toutes sortes d’exigences qu’il ne pourra satisfaire, si bien qu’il se mettra dans des situations qui lui feront perdre sa religion et le conduiront à sa perte. » (Bayhaqi)
Parmi les signes avant-coureurs de temps sinistres, précédant l’arrivée de l’Heure dernière, la tradition prophétique fait état de la rupture des liens de parenté, de l’absence de miséricorde des adultes pour les enfants, du délaissement de la connaissance sacrée par les familles. C’est à cette époque que nous pensons être désormais arrivés, où la famille disparaît lentement, et la communauté même ne peut que ressentir cette perte. Mais ce constat de la décadence des temps, s’il nous pousse à mettre à nouveau en avant la valeur de la famille musulmane, ne signifie pas que la solution consiste à retourner au passé. Dans le cadre des sociétés sécularisées, il s’agit avant tout de sortir des dilemmes où se trouve la famille contemporaine, en retrouvant une insertion plus naturelle dans le monde voulu par Dieu, avec ses aspects lumineux et sombres, bons et mauvais. Tel est le témoignage que la famille musulmane peut apporter aujourd’hui dans la société contemporaine : un témoignage d’unité dans la sacralité de la vie, un exemple de foi sans revendication identitaire, un modèle d’intégrité religieuse sans intégrisme, un effort de conformité spirituelle sans formalisme. L’éducation des enfants est une responsabilité qui incombe en priorité aux parents dans le cadre sacré de la famille. Le Prophète enseigne que « un parent ne peut rien léguer de mieux à son enfant qu’une bonne éducation » (Bukhari). Il recommande ailleurs : « Honorez vos enfants et soignez bien leur éducation » (Ibn Majah). L’éducation est l’une des voies privilégiées à travers laquelle chacun, enfant comme parent, peut apprendre à mieux remplir la noble fonction de vicaire et serviteur de Dieu sur terre. Cette éducation essentielle qui est dispensée d’abord au sein de la famille sera complétée par d’autres enseignements et des savoirs supplémentaires qui sont données à la mosquée, à la madrasa, et dans les établissements scolaires publics. S’agissant de l’éducation religieuse, au bénéfice des jeunes comme des moins jeunes, les imams, les prédicateurs et autres enseignants jouent un rôle fondamental, mais qui ne saurait décharger les parents de leur responsabilité éducative et formatrice.
I. Le mariage et la descendance
Dans la vision islamique, la famille n’est pas un agrégat d’individus que les circonstances biologiques ou le hasard auraient réunis. Elle n’est pas un mal inévitable dont il s’agirait de trancher les liens au gré des envies ou pour trouver rapidement une indépendance individuelle. Il s’agit tout au contraire d’une communauté organique dans laquelle chacun remplit une fonction providentiellement déterminée. Le mariage qui fonde cette famille a pour but de réactualiser véritablement l’unité de nos premiers parents Adam et Hawa, Adam et Eve, Adam premier prophète dont il est dit qu’Eve fut créée d’une des côtes, Eve, notre mère première qui n’est autre qu’une partie intime de l’Adam primordial, « créé selon la forme du Miséricordieux » (Ahmad Ibn Hanbal).
L’homme et la femme, réunis par le lien sacré du mariage, réalisent un modèle de vie spirituelle et religieuse, et deviennent le réceptacle des bénédictions divines. C’est dans la vie quotidienne et dans la famille que, en suivant le chemin de purification vers Dieu, on témoigne de sa conformité aux principes traditionnels, et c’est dans la vie familiale que cette transparence du cœur devient nécessaire.
Le miracle de la procréation, qui renouvelle et symbolise celui de la Création, constitue une grande occasion spirituelle qui requiert de la part des parents le dépassement de leurs limitations individuelles pour réaliser une fonction qui transcende les individus, en les rattachant directement à la conscience de l’Action divine qui œuvre à travers eux.
Les enfants représentent le fruit de l’union des parents, qui les reflète et les dépasse tout à la fois. Faisant référence au hadith : « il est meilleur pour un homme de perfectionner l’éducation de ses fils plutôt que de faire une aumône » (Tirmidhi), l’imam Abu Hamid al-Ghazâlî soutient que si les enfants sont dirigés sur la voie du bien, les parents obtiendront, dans ce monde comme dans l’Au-delà, une récompense qui sera partagée avec eux. Si, à l’inverse, les parents ont négligé leurs enfants et leur ont appris à mal agir, alors les parents seront responsables pour l’offense causée aux enfants. Les parents ont une immense responsabilité dans l’enseignement qu’ils prodiguent à leurs enfants. Dieu ne dit-Il pas dans le Coran : Oui, les perdants, le Jour de la Résurrection, seront ceux qui auront provoqué leur propre perte et celle de leur famille. (34 : 15)
L’enfant est un bienfait de Dieu, un don de Sa part, un dépôt sacré qu’Il confie aux parents. Ce dépôt de confiance particulier exige donc la responsabilité des parents qui doivent le protéger, en prendre soin, et le faire fructifier.
L’islam favorise donc la possibilité de ce véritable miracle qu’est la descendance, en garantissant à la femme le plein soutien spirituel et matériel de son mari. La femme, épouse et mère, doit incarner les qualités divines en témoignant par son exemple quotidien, afin que ses proches, surtout ses enfants, puissent en tirer un enseignement vivant. L’amour naturel que la mère nourrit pour son enfant est l’expression de la volonté divine qui a donné certains attributs aux créatures, reflets de Ses qualités. Le Prophète affirme : « Le Jour où Dieu créa les cieux et la terre, Dieu créa cent parts de miséricorde. Il en garda 99 parts avec Lui, et fit descendre une part sur terre : c’est en vertu de cette miséricorde que la mère aime son enfant, et que les animaux, les oiseaux s’aiment entre eux. Le Jour de la Résurrection, Il réunira cette part de miséricorde avec toutes les autres. »
La tradition recommande aux parents le dévouement, la gentillesse, l’équité avec les enfants, l’égalité de traitement entre filles et garçons, l’attitude aimante. Le Prophète disait : « Embrassez beaucoup vos enfants : chaque baiser que vous donnerez élèvera votre degré au Paradis. » Ou encore : « N’est pas des nôtres celui qui n’est pas gentil avec les petits et ne respecte pas les grands. »
II. Fonctions du père et de la mère
Les fonctions et les qualifications liées à la nature ontologique de chaque être, homme et femme, ne sont pas des limites, comme on le pense trop souvent. Elles constituent des moyens privilégiés pour approfondir et transmettre la connaissance de Dieu, de soi et du monde. Dans la famille, l’homme a la possibilité providentielle, si Dieu le veut, d’assumer la fonction paternelle, et la femme la fonction maternelle. A cet égard, les modèles de sainteté et de perfection spirituelle devraient aider les fidèles à apprendre à s’élever à cette dimension de connaissance profonde qui rapproche de Dieu. Les femmes peuvent trouver un modèle parfait dans la Vierge Marie, sayyida Maryam, ainsi que dans l’exemple des épouses du Prophète, comme Khadija et Aïsha.
La famille musulmane n’est pas simplement « patriarcale », comme la définit l’anthropologie moderne. L’homme n’est pas le patron de la famille. Il se porte garant de l’enseignement (une tradition prophétique affirme que « personne ne se présente à Dieu avec un péché plus grand que celui de laisser les siens dans l’ignorance »), de l’intégrité religieuse et de l’entretien matériel de sa famille ; de cette façon, il devient le garant aussi bien de la nourriture spirituelle que de la nourriture matérielle, la seconde étant le reflet de la première, sur un plan différent.
C’est ainsi qu’il appartient au père d’exprimer la fonction de « représentant de Dieu sur terre », qui a été conférée à l’Homme au début de la création. Le père, imam de la famille, a le devoir de diriger cette dernière, selon l’exemple du Prophète, de conduire spirituellement et rituellement la famille, de susciter la mise en conformité de cette famille à la loi et à l’esprit de la parole divine. Mais le père n’assure la guidance de la famille qu’en tant que son âme est véritablement soumise à Dieu à l’exemple du Prophète. Quant à la mère, il lui appartient d’interpréter la même responsabilité de vicariat de Dieu sur la terre à travers la conservation du dépôt sacré avec miséricorde et affection. Les femmes vertueuses sont les pieuses qui protègent dans le secret ce que Dieu leur a donné. (4 : 34)
L’homme est responsable de maintenir l’harmonie familiale, en sachant que Dieu déteste l’homme qui se montre dur avec les siens, et qui a une très haute considération de sa propre personne. En effet, le Prophète a dit : « Voulez-vous savoir qui sont les gens de l’Enfer ? L’homme qui est dur en paroles et impitoyable pour sa famille, celui qui marche avec orgueil, et se montre prétentieux. » (Bukhari et Muslim) Mais de même que le père doit faire, à l’exemple du Prophète, preuve de miséricorde et d’affection dans la direction spirituelle de la famille, la mère doit faire preuve de rigueur dans l’éducation affectueuse qu’elle prodigue aux enfants nés du couple et qui sont, chacun, à leur tour, le symbole de l’unité primordiale retrouvée. Tous deux s’accordent alors, conformément à la tradition prophétique, pour la conduite de la famille et l’éducation des enfants, unis dans le respect de leurs qualifications réciproques et complémentaires : Les femmes sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. (2 : 187)
II. Principes et méthodes de l’éducation islamique
L’efficacité et les bénéfices de la méthode traditionnelle dans l’éducation des enfants se manifestent lorsque les enseignements des deux parents témoignent d’une voix unique qui s’efforce d’exprimer aux enfants la voix de Dieu. Si la fonction éducative remplie par la famille revêt une importance fondamentale, elle s’appuie sur des principes spirituels et des méthodes pédagogiques qui inspirent le caractère islamique de l’éducation dans son ensemble.
Il est intéressant de noter que le terme « éduquer » signifie étymologiquement « extraire », dans le sens de libérer des limites inhérentes à la nature argileuse humaine, tandis que le verbe « élever » renvoie clairement à la notion d’ascension vers Dieu. L’éducation des enfants par les parents permet ainsi aux uns et aux autres de dépasser leurs limites individuelles pour passer de ce monde-ci à l’autre, et pour s’élever spirituellement. En arabe, plusieurs notions indiquent les spécificités et les finalités de l’éducation religieuse et de l’enseignement traditionnel : la tarbiyya exprime la croissance et l’élévation, le ta‘lîm correspond à l’enseignement et à la connaissance, le ta’dîb correspond à la discipline, tahdhîb renvoie au polissage et à l’ajustement. Comme les différents termes l’indiquent, l’éducation islamique s’occupe de l’Esprit, de l’âme et du corps, suivant une méthode progressive et graduelle qui permet d’accompagner, de discipliner et d’exercer l’enfant, afin de l’aider à développer, harmonieusement et de façon équilibrée, facultés intellectuelles, qualités morales et capacités physiques. Mais l’éducation religieuse est avant tout un enseignement traditionnel, la transmission de vérités, de principes divins et de valeurs spirituelles. Les fruits de cette éducation islamique sont principalement : l’accroissement dans la connaissance de Dieu, de soi et du monde, l’élévation intérieure, la purification de l’âme, l’acquisition des vertus, et la bonté de caractère. Cet enseignement doit donc entraîner une transformation intérieure et extérieure.
La règle essentielle dans l’éducation des enfants réside dans les devoirs suivants qui incombent aux parents : sensibiliser les enfants à la conscience du sacré, les éveiller à la foi, leur enseigner la vertu de l’obéissance et de la reconnaissance à l’égard des parents, mais aussi leur apprendre à dominer leur âme, à se détacher intérieurement des choses de ce monde, et à contrôler leurs passions. Ce détachement n’est pas un désintérêt, mais signifie avoir une attention sereine et une vision lucide vis-à-vis de la réalité qui nous entoure. La responsabilité éducative est délicate car elle nécessite pour les parents de trouver, chaque fois, grâce à la sensibilité spirituelle, les modalités les plus efficaces pour permettre à l’enfant d’exprimer ses qualités, entendues comme un reflet des qualités divines, sans rester prisonniers des limites de leurs caractères.
Dans la famille musulmane la femme peut contribuer à faire naître chez ses enfants la conscience de leur identité spirituelle qui confère dignité à la vie sur terre, en les éduquant au respect des normes divines et à la fidélité à la Vérité qui nous provient de la Révélation. Eduquer spirituellement ses enfants consiste à leur transmettre le message coranique et la tradition du Prophète, non point tellement dans sa lettre mais surtout dans son esprit. Parce que vous avez dans le Prophète un excellent modèle (33 : 21), l’exemple des parents, dans la mesure où ils sont conformes à l’exemple du Prophète, maître éducateur et enseignant parfait, est souvent plus efficace que n’importe quel discours.
Enseigner « islamiquement » les enfants ne consiste pas seulement à les contraindre par des interdictions ou des obligations, mais beaucoup plus à susciter la faculté providentielle qu’ils portent en eux, de discerner entre ce qui est permanent et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est conforme à l’ordre divin et ce qui est vain, entre ce qui rapproche de Dieu et ce qui en éloigne. Enseigner spirituellement ses enfants, c’est aussi les aider à corriger leurs erreurs, le plus affectueusement possible, en se rappelant la parole coranique que Dieu n’impose à chaque âme que selon ses capacités (2 : 282). Enseigner spirituellement ses enfants, c’est enfin participer, à l’image du Prophète, à leurs jeux, car c’est à travers le jeu que l’enfant s’éveillera au monde, et nous-mêmes avons besoin de cette fraîcheur récréative ; il s’agit là non de distraction, mais bien d’une récréation. Le Prophète a dit : « Réjouissez-vous ! » Ailleurs, « les enfants sont la fraîcheur de mes yeux ».
III. Education religieuse et enseignement profane
A travers l’éducation religieuse et spirituelle, il s’agit évidemment d’enseigner le véritable savoir, la science utile, la science des deux mondes qui se résume en ces mots : Nous appartenons à Dieu et nous retournons à Lui. (2 : 156) Ce type d’enseignement n’est bien entendu pas exclusif de l’éducation, plus extérieure, à la connaissance rationnelle et discursive, celle qui est devenue prédominante dans le monde moderne occidental, et qui est la seule que connaît l’enseignement scolaire. Cet enseignement discursif est nécessaire à l’appréhension du monde sensible et de l’époque dans laquelle Dieu nous a providentiellement fait naître. Cette connaissance rationnelle relève de l’intuition sensible, et ne peut saisir que le monde du changement et du devenir, c’est-à-dire de la nature apparente. Elle ne saurait donc entrer en conflit ou être contraire à l’enseignement spirituel et à l’éducation à la foi dont l’objet se situe au-delà puisqu’il s’agit, pour ce dernier, d’ouvrir au monde l’invisible et des mystères divins. En conséquence, ces deux enseignements ne peuvent être opposés, ne se situant pas au même niveau, l’un n’étant ni le prolongement ni l’antithèse de l’autre. Ces deux enseignements sont, en fait, d’un ordre totalement différent : l’éducation religieuse s’adresse en définitive au cœur, avec éventuellement l’aide de la raison, tandis que l’enseignement scolaire est limité au domaine rationnel.
Le Prophète Muhammad a dit un jour à des personnes de son entourage : « Vous êtes plus savants que moi dans les affaires de votre monde. » Il parlait des sciences rationnelles et discursives, dont il reconnaissait l’utilité relative à condition que ce savoir, qui n’est autre que celui des causes secondes, ne les occupe pas au point de leur faire oublier ou ignorer la quête de la connaissance du Créateur et Gouverneur des causes, qui n’est autre que Dieu Lui-même.
Dans le cadre de la vie familiale, il appartient aux parents de donner aux enfants l’enseignement spirituel nécessaire qui permettra à ces derniers d’acquérir, ou plutôt de maintenir et de vivifier, le discernement nécessaire, qui est une des qualités que Dieu a accordée à l’homme. Ce discernement permettra à l’enfant de distinguer la Vérité de l’erreur, et lui permettra d’éviter, si Dieu le veut, la confusion mentale de ces deux connaissances. Cet enseignement spirituel ne saurait avoir le caractère systématique qu’à l’enseignement scolaire. Il ne s’agit pas d’acquérir un savoir qui serait nouveau et qui devrait être accumulé comme on peut accumuler le savoir de matières scolaires ou universitaires. Il s’agit au contraire d’aider l’enfant à se préparer progressivement à élargir et purifier son cœur pour mieux recevoir et goûter la lumière de la Certitude que Dieu accorde dans Sa grâce. C’est aussi pourquoi il est nécessaire de leur apprendre en particulier les gestes rituels, comme la prière et le jeûne, qui leur permettront de d’adorer leur Seigneur et de pratiquer Sa volonté, comme base de l’éducation et de la purification de l’âme.
IV. La pratique rituelle dans la vie familiale
Un maître dans l’éducation des âmes disait que les matières d’examen qui comptent vraiment dans la recherche de la science utile sur la voie de la Vie éternelle ne sont pas discursives, ou rationnelles, ce ne sont même pas l’apprentissage de l’arabe, la rapidité dans la lecture du Coran ou la compétence en jurisprudence, mais le repentir (tawba), l’effort spirituel (jahd), l’abandon confiant à Dieu (tawakkul) et l’amour divin (mahabba), c’est-à-dire la disposition de l’âme et les vertus dans l’attitude et le comportement. C’est donc l’apprentissage de ces vertus que doit viser l’enseignement des enfants. Tout enfant naît à l’état pur, fitra, c’est-à-dire comme pure nature divine, dit une tradition prophétique, mais ce sont les parents qui en feront ce qu’il deviendra dans sa prime existence. L’imam al-Ghazâlî affirme que « l’enfant est un dépôt confié aux parents, son âme pure est une substance précieuse, innocente, dépouillée de toute inscription ou image. Elle reçoit tout ce qu’on y grave, elle s’incline là où on l’incline ».
Aussi l’enseignement commence-t-il par le rappel de cette Réalité dont l’homme devra se souvenir durant son existence : lâ ilâha illâ Allâh. « Faites en sorte, disait le Prophète, que ce soit là la première parole qui parvienne aux oreilles de vos enfants. » La seconde parole, inséparable de la première, est Muhammadun rasûlu-llâh. Les deux termes constituent la shahâda – l’attestation de foi – que le père murmure à l’oreille du nouveau-né, shahâda qui est le premier pilier, le pilier central de la tradition islamique. Cette attestation doit également être murmurée, comme rappel, à l’homme qui meurt.
En raison de sa proximité avec la perfection de l’état primordial, aucune obligation rituelle n’est réclamée à l’enfant par le Coran jusqu’à l’âge de raison. Dans les premiers temps, l’enfant est encore dans un état naturel d’union à Dieu, et n’a pas la connaissance du monde duel dans lequel il est né. Au fur et à mesure qu’il s’éloignera, en grandissant, de cet état primordial, ses parents devront lui rappeler, de façon plus constante, cette unité. Unité que l’enfant devenant homme ou femme, devra réaliser dans tous les actes de sa vie, et, dès la puberté, sa participation à la vie rituelle devient obligation divine. Dans cette attente, la seule obligation de l’enfant est l’obéissance aux parents en ce qu’ils sont le symbole vivant de cette unité et de cette conformité à l’ordre divin : Sois reconnaissant envers Moi et envers tes parents ; vers Moi sera le retour. (31 : 14)
L’enfant qui est immergé dans la vie familiale participe, d’ailleurs, peu à peu et à sa mesure, à la vie rituelle de la famille de façon spontanée, comme il participe aux autres moments de la famille. Cette famille se retrouve cinq fois par jour dans l’accomplissement de la salat, prière canonique, moments particulièrement bénis de rappel et de concentration sur l’essentiel ; les rites étant comme les pierres que l’on pose dans le ruisseau des flux du monde pour passer sur l’autre rive où se trouve la stabilité. Chaque prière canonique, suivie de la prière sur le Prophète et sa famille, fait rejaillir sur la famille musulmane la bénédiction, baraka, qui leur est liée.
Conclusion
Ainsi la vie familiale, l’éducation des enfants, les responsabilités de la vie quotidienne, offrent-elles autant d’occasions, pour les croyants et les croyantes, de se souvenir de Dieu, de L’adorer, et de s’efforcer de se rapprocher de Lui, pour réussir ici-bas et dans l’Au-delà. Cependant, la famille ne peut être un cadre de progrès spirituel et de perfection morale qu’à la condition, pour les parents comme pour les enfants, de maintenir l’intention droite, la juste orientation vers Dieu, qui donne sa valeur à chaque acte entrepris.
Ceux qui prétendent que les charges familiales, professionnelles et sociales les empêchent d’avoir une vie spirituelle, ou que leur vie spirituelle constitue un obstacle à leur vie familiale, professionnelle ou sociale, n’ont pas, selon la Parole coranique, apprécié Dieu à Sa juste valeur, et ne savent pas que c’est la vérification de notre sincérité à Dieu, ikhlâs, dans tous les actes de notre vie humaine, qui fera de nous des gens égarés ou de véritables soumis à Dieu, sens du mot muslim, musulman. Les gens comptent-ils qu’ayant dit : « Nous croyons », Nous les laissions sans les mettre à l’épreuve ? (24 : 2) Tout au contraire, c’est surtout dans l’éducation des enfants, et non ailleurs, que les parents trouveront la meilleure épreuve pour leur vie et leur réalisation spirituelle. Car élever leurs enfants permettra leur propre élévation. En éduquant leurs enfants, ils éduquent en fait leur âme. La patience n’est pas la moindre des vertus développées par le biais de ces épreuves.
Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde. Cependant, les bonnes œuvres qui persistent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense, et suscitent une belle espérance. (18 : 46) L’éducation des enfants représente une expérience extraordinaire, une occasion d’une valeur inestimable pour la spiritualité des parents, mais aussi une épreuve pour les hommes et les femmes. Les croyants qui sont conscients d’être de passage dans ce monde éphémère, et qui agissent en vue de l’Autre, ne doivent pas se laisser illusionnés par l’apparence de ses beautés, à commencer par les enfants qui leur ont été confiés en dépôt par Dieu. Comme tous les biens de ce monde, les enfants n’appartiennent pas aux parents. Cette conscience doit inciter les parents, non pas à délaisser leurs progénitures sans s’occuper de leur éducation, mais bien plutôt à prendre d’autant plus au sérieux leurs devoirs vis-à-vis des enfants.
Mais si les enfants dûment éduqués et enseignés seront un gage de salut pour les parents au jour du Jugement, celui que ses enfants ou ses richesses auront distrait, c’est-à-dire celui qui les aura pris pour une fin en soi, celui-là sera réprouvé, en ce jour : Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Dieu avec un cœur saint. (26 : 88-89) Le Coran met en garde les croyants : Ô vous qui croyez ! Que ni vos biens ni vos enfants ne vous distraient du souvenir de Dieu. Et quiconque fait cela… alors ce seront eux les perdants. (63 : 9) Les enfants ne doivent pas être pour leurs parents une cause d’oubli de Dieu, mais au contraire un signe qui les aide à se souvenir de Lui, à mieux Le reconnaître, et se connaître eux-mêmes.
C’est en vertu de ces principes spirituels et religieux que l’éducation des enfants forme des hommes et des femmes capables d’être des citoyens dignes et intègres, ambassadeurs et témoins des vertus de vérité, de noblesse et d’excellence de la tradition islamique. Cette valeur ajoutée, que les musulmans et les musulmanes doivent savoir cultiver et apporter à travers leur participation sereine et constructive à la société où ils sont providentiellement amenés à vivre, fait partie des éléments essentiels et fondamentaux que les familles, les imams et la communauté musulmane dans son ensemble ont la responsabilité de transmettre. La capacité de communication et d’adaptation est une qualité indispensable pour remplir la fonction de transmetteur et d’enseignants, avec sagesse, patience et sensibilité, qui permettent à l’éducation islamique de produire des fruits réels et utiles, et de s’inscrire dans la continuité de la chaîne de transmission et d’enseignement prophétique qui nous rattache au Seigneur des mondes. Et Il enseigna à Adam le nom de toutes choses. (2 : 31)