Enjeux du dialogue entre Islam et Occident

MosquŽe de Lyon le 17 dŽcembre 2008

Vous me permettrez, en premire observation, dĠŽmettre bien des rŽserves quant au titre mme de mon intervention, car il me serait difficile dĠenvisager un dialogue entre une religion, lĠIslam, et une expression gŽographique, lĠOccident, ˆ moins que lĠon accepte de ne point voir en ce dernier le fruit des fameuses Òracines de lĠEuropeÓ, comme on a lĠhabitude de le faire, racines que lĠon prŽtend limiter ˆ la seule tradition judŽo-chrŽtienne.

Lˆ encore, il y aurait quelques rŽserves ˆ faire Žtant donnŽ que lĠIslam Žtait bien prŽsent dans lĠheureuse Andalousie de Maimonide ainsi que dans la Sicile de FrŽdŽric II, sans compter les trente millions de musulmans qui vivent en Europe aujourdĠhui, dont un million dans mon pays, lĠItalie, pour lesquels une seule mosquŽe officielle est prŽvue ; sans parler non plus de lĠIslam qui a toujours ŽtŽ prŽsent dans les Balkans.

DĠailleurs, le Christianisme sĠest toujours prŽtendu (prŽsentŽ comme) Ç catholique È, dans le sens dĠuniversel, en dŽpit du schisme et de la rŽforme, lesquels ont donnŽ naissance ˆ un ƒtat orthodoxe comme la Grce, et dĠautres ƒtats protestants comme lĠAngleterre, pour ne pas en mentionner dĠautres ; ce qui fait que le seul ƒtat confessionnel actuellement est le Vatican, Ç catholique È, oui, mais seulement dans le sens o il est soumis ˆ la primautŽ de Saint Pierre, en tant que Ç apostolique et romain È.

LĠIslam aussi se prŽtend (se prŽsente comme) Ç catholique È, non pas en vertu dĠƒtats islamiques qui ne sont plus tels depuis lĠabolition du califat, mais dans le sens dĠuniversel, cĠest-ˆ-dire de lĠorientation Òvers lĠUnÓ, le Dieu du MonothŽisme abrahamique, lĠUnique, vers lequel le Christianisme aussi doit sĠorienter, sĠil ne veut pas renier sa vraie racine quĠil trouve dans le Juda•sme.

Mais cĠest ici que les choses se g‰tent : en effet, si lĠactuel souverain Pontifical a rŽtabli la prire pour la conversion des Juifs, le prŽsident de lĠAssemblŽ Rabbinique dĠItalie, Rav Giuseppe Laras, le jour mme de notre rencontre au Parlement avec lĠEvque Rino Fisichella et le PrŽsident du Parlement Italien Gianfranco Fini, a suspendu la date de la rencontre judŽo-chrŽtienne entre le Rabbinat et la ConfŽrence Episcopale Italienne, dĠabord prŽvue pour le 17 janvier, qui ne sera plus que la ÒjournŽe du Juda•sme È.

Et si Beno”t XVI a dŽclarŽ que le dialogue ne peut pas se faire sur le terrain des thŽologies, il a rendu vain et nul, comme il lĠavait dŽjˆ fait lorsquĠil Žtait Cardinal, avec la dŽclaration ÒDominus JesusÓ, lĠŽlan que son prŽdŽcesseur avait Žtabli avec la rencontre dĠAssise en 1986, une rencontre dont nous gardons un souvenir inoubliable, en vue dĠaffirmer la reconnaissance rŽciproque de la validitŽ salvatrice de toutes les religions qui Žtaient prŽsentes.

Nous sommes pleinement dĠaccord sur le fait que lĠon ne peut pas faire un dialogue entre les thŽologies qui, en tant que rŽvŽlations du Dieu Unique, ne devraient pas faire lĠobjet de discussion ; mais, pour la mme raison, nous ne pouvons pas rŽduire le dialogue au seul niveau des cultures, chose qui confirmerait la suppression du SecrŽtariat pour le Dialogue Interreligieux, qui a ŽtŽ remplacŽ par un organisme de dialogue entre les cultures.

Je me demande, et je vous le demande ici, si la diffŽrence existant entre la thŽologie chrŽtienne qui voit JŽsus comme Fils de Dieu, et la thŽologie islamique qui le voit comme Esprit de Dieu, ne pourrait pas nous rapprocher au nom de celui que nous attendons ensemble dans les temps eschatologiques, Sayyidna ÔIsa (Ôalayhi-s-salam), pour sa seconde venue, dans lĠespoir de ne pas le confondre avec celui qui viendra avant lui, et qui est dit Òpouvoir tromper mme les Žlus si cela Žtait possibleÓ.

En conclusion, et pour revenir au titre de mon intervention : Ç Enjeux du dialogue entre Islam et Occident È, je ne voudrais pas que cet Ç enjeu È finisse par nous tromper nous aussi, et, au lieu de nous permettre de trouver le vŽritable sens des Paroles de Dieu exprimŽes par les manifestations de sa Toute Puissance, quĠil ne nous limite seulement ˆ un Ç jeu de mots È.

AssalamuĠalaykum wa rahmatuLlahi wa barakatuHu.

Que la Paix du Seigneur soit sur vous tous.

Shaykh ÔAbd al-Wahid Pallavicini

PrŽsident