Dimanche 12 novembre 2017, Dieu a rappelé à Lui le Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini


Nous saluons le Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini qui a quitté ce monde, dimanche 12 novembre, à l’âge de 91 ans. La mosquée al-Wahid de Milan, située via Giuseppe Meda 9, sera ouverte au public vendredi 17 novembre à partir de 12h, et honorera la prière sur le défunt après la prière rituelle communautaire à 13h30. Sermon prononcé à l'occasion de la disparition du Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini.

 

 

Pionnier musulman du dialogue interreligieux et témoin d’exception du XXème siècle, le Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini a parcouru le monde de l’Occident à l’Orient. Sa conversion à l’islam dans les mains de Titus Ibrahim Burckhardt eut lieu le 7 janvier 1951, tandis que s’éteignait au Caire le métaphysicien René Guénon. Dans les années 1980, le Shaykh Abd al-Wahid fonda en Italie et en France une communauté de musulmans rattachée au soufisme traditionnel. Ses témoignages pour un œcuménisme « au sommet » font écho aux enseignements des maîtres spirituels musulmans qui renouvellent dans l’humanité le souvenir de Dieu.

 

Le Shaykh Abd-al-Wahid a favorisé la constitution de points de référence du culte et de la culture islamiques : en France, l’Institut des Hautes Etudes Islamiques, en Italie, la COREIS - Communauté Religieuse Islamique Italienne, et l’Interreligious Studies Academy (Accademia ISA).

 

Grâce à l’orientation donnée par le Shaykh Abd-al-Wahid, il est peut-être possible aujourd’hui, pour les institutions françaises et les représentants des autres religions, de reconnaître un islam pleinement français, œcuménique et spirituel, préservé de toute contrefaçon et de toute instrumentalisation. Ces paroles du Shaykh Abd al-Wahid expriment parfaitement le sens et la valeur d’une telle reconnaissance : « nous demandons à nos disciples de s’en tenir fermement aux principes de la foi, sans s’abaisser à des compromis avec les tentations croissantes de ce monde. Aux autorités spirituelles, nous demandons de garder la foi dans cet esprit de fraternité que nous avons partagé durant plus de quarante ans de dialogue, en portant une attention particulière à la finesse intellectuelle, toujours plus nécessaire, et au discernement dans la lecture des signes des temps ; aux autorités civiles, nous demandons de soutenir, dans les faits, une réalité spirituelle unique en son genre, et dont peuvent dépendre des équilibres particulièrement délicats dans les relations entre Orient et Occident, équilibres qui pourraient s’avérer de plus en plus importants au cours des prochaines années. » (extrait de Allah, le Nom de Dieu en l’Islam, Éditions Albouraq, 2017 p. 23)

 

Jusqu’à son dernier souffle, le Shaykh Abd-al-Wahid n’a cessé d’appeler ses disciples à la sincérité de la vocation contemplative, vivifiée par une présence active en ce monde. L’héritage spirituel du Shaykh Abd al-Wahid continue, sous la conduite de son fils Yahya Pallavicini, dans la communauté bénie d’hommes, de femmes et d’enfants que Dieu a voulu réunir. Nous remercions ceux, musulmans, fidèles des autres religions et non croyants, qui ont voulu exprimer, durant toutes ces années, leur amitié. A tous, nous demandons une prière pour l’homme, et le maître, en se souvenant de la détermination qui était la sienne dans la recherche de la Vérité.

 

« A Dieu nous appartenons et à Lui nous faisons retour. » (Coran II, 156)

Musulmans et chrétiens s’unissent pour demander des ponts, non des murs


7 février 2017 - Tandis que nous célébrons la Semaine Mondiale de l’ONU pour l’harmonie interreligieuse, la communauté religieuse islamique italienne (COREIS), association soeur de l'IHEI en Italie (N.D.L.R.), et le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) considèrent que le décret du président Trump sur l’immigration et les réfugiés est un affront à nos valeurs communes musulmanes et chrétiennes et une répudiation de notre humanité partagée. Le décret est discriminatoire et met en péril les relations chrétiennes-musulmanes. Il viole une obligation fondamentale de nos traditions religieuses : « Aimez l’étranger car au pays d’Egypte vous fûtes des étrangers » (Dt. 10,19) et ne va pas au but de la même existence de l’humanité sur la Terre suivant les paroles du Coran : « Ô humanité, Nous vous avons créée d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous les peuples et les nations, pour que vous vous connaissiez les uns les autres » (Coran, 49 :13)

Nous reconnaissons que c’est le devoir des gouvernements nationaux de protéger leurs citoyens des dangers, et de contrôler leurs frontières dans la poursuite de la sécurité nationale. Il y a toutefois des exigences éthiques qui transcendent les limites des frontières nationales et celles-ci comprennent la protection de membres de la famille humaine qui sont en grand danger. Dans un monde qui est chaque jour blessé par la violence et l’injustice, la terreur et la tyrannie, nos traditions musulmanes et chrétiennes nous invitent à montrer du courage et de la générosité, de ne pas céder à la peur et à l’égoïsme.

 

Le pape François a parlé de la migration comme étant une opportunité de grâce pour nous, hôtes et migrants : « En ce moment de l’histoire de l’humanité, marqué par de grands mouvements de migration […] ceux qui émigrent sont obligés de changer quelques-unes de leurs caractéristiques distinctes, et, qu’ils l’aiment ou pas, également ceux qui les accueillent sont obligés de changer. Comment pouvons-nous expérimenter ces changements, non pas comme des obstacles au développement authentique, mais plutôt comme étant des opportunités d’authentique croissance humaine, sociale et spirituelle ? »

 

En tant qu’organisations musulmane et chrétienne, nous affirmons notre solidarité avec tous les réfugiés, indépendamment de leur religion. Toute tentative de rejeter des réfugiés sur la base de leur religion est contraire aux valeurs chrétiennes et musulmanes de dignité humaine, de prise en charge des plus faibles dans la société, et de la liberté religieuse.

 

Nous sommes profondément préoccupés par la suspension indéfinie du programme pour réfugiés syriens alors que, actuellement, près de 5 millions de Syriens ont dû fuir la violence dans leur pays. Nous sommes aussi en alarme suite à la politique déclarée de donner la priorité aux réfugiés victimes de persécutions religieuses dans des pays où leur religion est en minorité. Etant donné que les sept pays dont les ressortissants ont été interdits d’entrer aux Etats-Unis au cours des trois prochains mois sont tous des pays à majorité musulmane, le décret clairement indique l’intention de mettre les réfugiés musulmans provenant de ces pays au fond de la liste prioritaire. Une interdiction de fait de nombreux réfugiés musulmans peut alimenter le ressentiment sectaire, accroitre le radicalisme et exacerber des tensions religieuses.

 

Le décret menace de déstabiliser la protection des réfugiés dans le monde, en réduisant le nombre de places de réinstallations et en fermant l’accès aux demandes d’asile. Nous appelons tous les gouvernements à s’opposer à l’exclusion opérée par les Etats-Unis, et à s’assurer que l’architecture de la protection des réfugiés soit renforcée dans leur propre pays.

 

Nous pressons les gouvernements qui sont tentés de mettre en œuvre des politiques isolationnistes d’affronter au contraire les causes structurales des déplacements de force et de partager équitablement la responsabilité de fournir la protection aux réfugiés.

 

Les chrétiens et les musulmans ont des traditions religieuses qui sont enracinées dans l’expérience de l’exil, et l’hospitalité de Dieu. Des attitudes hostiles envers les déplacés n’ont pas de place dans nos traditions religieuses, et manifestent un grave échec moral. Nos fois invitent toutes les personnes de bonne volonté à promouvoir partout une culture plus généreuse de l’hospitalité pour les migrants et les déplacés.

 

Reconnaissons la dignité de chaque personne, et le droit de chaque personne de vivre en sécurité dans notre maison commune.

 

Imam Yahya Sergio Yahe Pallavicini

Président de la Communauté religieuse islamique italienne (COREIS)

 

Père Thomas H. Smolich SJ

Directeur international du Service Jésuite des Réfugiés (JRS)