Prière du 14 mai promue par le pape François et le cheikh al-Azhar Ahmad al-Tayyeb


« La fraternité spirituelle comme réconfort et espoir non seulement contre les maux de la pandémie mais aussi contre la tendance de l’âme à oublier son Seigneur. »

Marie tenant dans ses bras Jésus nouveau-né, à l’ombre d’un palmier-dattier.

« Manges-en, bois et réjouis-toi ! Et si tu vois quelqu’un, dis-lui : j’ai fait vœu de jeûner

au Miséricordieux et en ce jour je n’adresserai la parole à aucun être humain ! »

(Coran XIX : 25-26)

L’invitation adressée « aux leaders religieux et à toutes les personnes dans le monde entier de se tourner vers Dieu d’une seule voix » vient du Haut-Comité pour la Fraternité Humaine, constitué en août 2019 à Casa Santa Marta, quelques mois après la rencontre historique du 4 février à Abu Dhabi entre le pape François et le grand-imam d’al-Azhar Ahmad al-Tayyeb.
 
Le Comité, composé de leaders religieux et intellectuels chrétiens, musulmans et également juifs, « pour aider l’humanité à surmonter la pandémie » offre ainsi une occasion concrète pour réaliser cette Fraternité à laquelle se réfère le « Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune » d’Abu Dhabi.
 
Dans ce sens, nous offrons ci-après, en avant-première, une réflexion du Président de l’IHEI, l’Imam Yahya Pallavicini, et celle de Abd al-Wadoud Gouraud, membre de l’IHEI et membre d’honneur de l’Organisation mondiale des diplômés de l’Université al-Azhar, qui seront toutes deux publiées au Caire en arabe sur Sawt al-Azhar (« La voix d’al-Azhar »), l’hebdomadaire de la grande mosquée-université présidée par Ahmad al-Tayyeb.
 
Découvrir la fraternité dans l’invocation du Dieu unique
 
La CO.RE.IS (Communauté Religieuse Islamique) Italienne a reçu l’invitation du Haut-Comité pour la Fraternité Humaine à participer à la journée mondiale de prière et de jeûne pour l’humanité promue par le pape François et le grand-imam et cheikh al-Azhar Ahmad al-Tayyeb.
 
J’ai eu l’honneur de rencontrer le cheikh al-Tayyeb à Abu Dhabi l’année dernière lors de la réception qu’il a offerte aux représentants musulmans internationaux qui ont été invités à la cérémonie de présentation du document sur la Fraternité Humaine. La COREIS en Italie et l’Institut des Hautes Etudes Islamiques (IHEI) en France regardent cette noble institution de formation religieuse qu’est al-Azhar, en se rappelant volontiers de certains maîtres et prédicateurs du passé, tels que l’ancien cheikh al-Azhar ‘Abd al-Halim Mahmud et l’imam Salih al-Ja‘fari. L’Égypte a accueilli au cours de son histoire des interprètes éclairés de la révélation du Saint Coran, tels que l’imam Abd al-Wahhab al-Sha‘rani et l’imam Jalal al-Din al-Suyuti et, plus récemment, le mufti ‘Ali Jumu’a et le shaykh Ahmad al-Tayyeb, qui ont su renouveler le patrimoine de la pensée islamique en abordant et en adaptant sa déclinaison aux changements historiques et sociaux.
 
Le document sur la Fraternité Humaine et cette invitation à la prière et au jeûne pour l’humanité ont une grande valeur symbolique, historique et spirituelle.
 
Symbolique, car le Haut-Comité pour la Fraternité Humaine a inclus également un rabbin comme représentant de la communauté juive et, par conséquent, cette invitation trouve sa source dans le souvenir de la fraternité en Dieu Unique au sein de la famille du prophète Ibrahim, et s’adresse à tous les croyants et à toutes les créatures du monde.
 
Historique, car cette initiative répond à l’appel originel de Dieu aux hommes, contenu dans le Saint Coran : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » (a lastu bi-Rabbikum - VII : 172), et manifeste le sens profond du temps et de la vie, qui doit être honorée dans le souvenir de notre lien au Seigneur et dans l’invocation de Dieu parce que « tout revient à Lui » (Coran XI : 123).
 
Spirituelle, car elles font redécouvrir les affinités et les similitudes mais aussi les différences providentielles de méthode et de langage rituel du jeûne et de la prière entre les croyants de chaque communauté religieuse. Nous trouvons ainsi, avec le respect d’une méthode différente, une intention, une fraternité et une finalité commune.
 
Dans une humanité qui trop souvent pense à l’individu uniquement ou principalement en tant que commerçant, scientifique ou politique, et où ces rôles sont confondus, oubliant la nature plus profonde de l’identité de l’homme religieux, cette noble initiative favorise un témoignage global important, qui intègre la qualité de la fraternité spirituelle comme valeur ajoutée de réconfort et d’espérance, non seulement contre les maux de la pandémie mais aussi contre la tendance de l’âme à oublier son Seigneur.
 
Ce témoignage est celui-là même que notre bien-aimé prophète Muhammad nous a enseignée par l’exemple de sa vie à Médine et à La Mecque, et que nous nous efforçons de suivre et d’interpréter au cœur de l’Europe contemporaine, en dialogue avec les communautés de croyants et les représentants des Institutions.
 
Imam Yahya Pallavicini
Président, Institut des Hautes Etudes Islamiques
Président, Communauté Religieuse Islamique (COREIS) Italienne
Ambassadeur ISESCO pour le Dialogue entre les Civilisations, Rabat
Membre exécutif du WMCC (World Muslim Communities Council), Abu Dhabi
 
 
Rivalisez entre vous dans les œuvres de Bien
 
J’ai eu l’honneur de rencontrer le grand-imam d’al-Azhar Ahmad al-Tayyeb, alors président de l’Université al-Azhar, à l’occasion de la première rencontre mondiale des diplômés d’al-Azhar, organisée en 2006 au Caire, où j’avais été invité à présenter une intervention au sujet de l’islam en France. Cette rencontre bénie s’est conclue avec la création de la Ligue mondiale des diplômés d’al-Azhar, à laquelle j’ai eu la surprise d’être intégré en tant que membre d’honneur de son conseil exécutif.
 
L’appel du pape François et du grand-imam d’al-Azhar à consacrer la journée du 14 mai à la prière, au jeûne et aux actes de miséricorde en faveur de l’humanité pour faire face à la pandémie du Covid-19, réalise à nos yeux les finalités du verset coranique : « A chacun d’entre vous Nous avons assigné une Loi et une Voie. Si Dieu l’avait voulu, Il aurait de vous une seule communauté, mais Il a voulu vous éprouver à travers ce qu’Il vous a donné. Alors rivalisez entre vous dans les œuvres de bien ! Vous retournerez tous à Dieu, Il vous informera alors à propos de ce en quoi vous divergez. » (Coran V : 48)
 
Dans Son infinie Miséricorde et Sagesse, Dieu a accordé à chaque communauté de la famille d’Abraham « une loi et une voie ». Si Dieu l’avait voulu Il aurait établi une seule communauté, une seule loi sacrée et une seule voie spirituelle. Mais Il a voulu au contraire diversifier Ses dons en suscitant diverses communautés de foi, lois religieuses et voies spirituelles qui toutes proviennent de Lui et ramènent
à Lui.
 
Ses dons sont à la fois une grâce et une épreuve pour les croyants de ces communautés, tant dans la gestion de la vie en conformité avec la volonté divine que dans l’effort de réforme intérieure. Dans cette perspective, nul doute que la prière, le jeûne et les œuvres de bien, que le Pape et le cheikh al-Azhar nous convient à pratiquer, font partie des meilleurs actes d’adoration permettant à l’homme de se purifier intérieurement et extérieurement, et de se rapprocher de son Seigneur. Les bienfaits spirituels de ces œuvres sacrées ne profitent d’ailleurs pas seulement à ceux qui les pratiquent, mais touchent également leur environnement et les créatures qui les entourent.
 
Dieu seul connaît la raison d’être profonde des différences apparentes entre les religions. Il s’agit d’un mystère divin ineffable que ce bas-monde ne peut contenir et qui échappe à la logique humaine, mais qu’Il a promis de nous dévoiler auprès de Lui, dans l’unité métaphysique de la Vérité.
 
Dans cette attente, il appartient alors aux croyants dans le Créateur Unique de converger ensemble vers Lui, chacun suivant sa loi et sa voie propres, en s’entraidant dans la vertu et la piété, et en s’enjoignant les uns les autres à la vérité et à la patience, dans le respect mutuel et l’ouverture spirituelle, sans hostilité ni présomption.
 
« Rivalisez entre vous dans les œuvres de bien ! » de ce monde et de l’Autre, en les consacrant sincèrement à Dieu, et en reconnaissant en Lui la Source de tout bien. C’est ainsi que les bienfaisants pourront contempler et servir le Bien absolu et éternel, toujours plus beau, plus vrai et plus haut que ce qu’ils peuvent comprendre, dire et faire, et qu’ils pourront devenir témoins, interprètes et transmetteurs de Sa Miséricorde infinie, qu’Il ne cesse de répandre sur Ses créatures.
 
« Ceux qui luttent en Nous, Nous les guidons sur Nos chemins. Dieu est avec les bienfaisants. » (Coran XXIX : 69)
 
 
Abd al-Wadoud Gouraud
Membre de l’Institut des Hautes Etudes Islamiques, France
Membre du Conseil des guides religieux, COREIS Italienne
Membre d’honneur de l’Organisation mondiale des diplômés de l’Université al-Azhar