Le Nom divin : Al-‘Afuww, Celui qui efface les fautes


La fin du mois de Ramadan est imminente. Bientôt, une nouvelle lune, un nouveau mois, une nouvelle saison spirituelle. Mais il n’est pas encore trop tard pour tirer profit du Bien qu’Allah nous offre en ce mois béni.

 

Les portes du Paradis sont encore ouvertes, les portes de l’Enfer encore fermées, les diables rebelles encore enchaînés ! L’appel du héraut résonne encore : « Ô toi qui cherche le bien, accours, et toi qui cherches le mal, cesse donc et repens-toi ! »

 

Le Prophète annonce qu’Allah « a fixé dans le mois de Ramadan une nuit qui est meilleure que mille mois, celui qui a été privé de ses bienfaits, a été privé de tout bien. »

 

Il nous reste encore une nuit impaire de ce mois pour veiller, chercher et nous préparer à trouver, in-sha’Allah, cette nuit, Laylat al-Qadr.

 

On rapporte à ce sujet que ‘Aïcha (), l’épouse bien-aimée de notre Prophète bien-aimé (), lui avait demandé : « Ô messager de Dieu, si jamais je sais quelle nuit est Laylat al-Qadr, que devrais-je dire ? » Il répondit : « Dis : "Allâhumma innaka ‘afuwwun tuhibbu al-‘afwa fa-‘fu ‘annî. Allâhumma, Tu es Celui qui effaces (les fautes) par Ton pardon, Tu aimes le pardon, efface (mes fautes)." » (Tirmidhi)

 

On peut imaginer que ‘Aïcha avait posé cette question au Prophète lors des dix derniers jours d’un mois de Ramadan. Je ne dis pas « comme celui-ci », parce que chaque mois de Ramadan est unique et différent des autres, chaque mois de Ramadan renouvelle miraculeusement la descente des dons inépuisables d’Allah.

 

Essayons de nous mettre dans la position et dans la disposition de celle qui demande pour pouvoir écouter et apprendre auprès de celui qui répond et enseigne (). Il faut savoir poser les questions pour être instruit.

 

‘Aïcha anticipe et va aux devants du Bien pour mieux s’y préparer. Elle formule une espérance, une attente, une aspiration, à partir d’une hypothèse bénéfique, en prévoyant la plus belle des possibilités : « Si jamais je sais quelle nuit est Laylat al-Qadr, que devrais-je dire ? »

 

Ce faisant ‘Aïcha nous montre l’exemple et nous permet, par son intermédiaire, d’être bien-guidés et orientés par le Prophète de la miséricorde, qui transmet selon l’inspiration divine ce qui est le plus utile et le plus bénéfique pour le serviteur. Quel miracle ! Allah nous ordonne de L’invoquer et de prier, et Il nous apprend comment le faire ! Le Prophète nous enseigne l’intention, la méthode et la finalité.

 

‘Aïcha se demande et demande ce qu’elle devrait dire, elle demande comment et quoi invoquer, quelle prière spécifique elle devrait adressée à Allah, dans quelle condition spirituelle elle devrait se disposer pour espérer recevoir le Bien escompté en cette nuit bénie. Elle cherche la disposition du cœur avant même le choix des mots.

 

Avant même l’espoir d’être exaucée et d’obtenir ce qu’elle désire, ‘Aïcha désire d’abord apprendre ce qui l’aidera à manifester l’état de recueillement et le lien de dépendance à l’égard du Seigneur. Car « la supplique (al-du‘a’) est l’essence de l’adoration », dit le Prophète. Elle manifeste la pure servitude de l’adorateur, son besoin extrême et sa pauvreté radicale face à la Seigneurie d’Allah et à Sa Générosité.

 

Telle est la finalité première de l’invocation et de la supplique, reconnaître et attester notre propre état de pauvreté vis-à-vis de l’Absolu, le Riche qui Se suffit à Lui-même, Celui qui Se passe de tout et dont rien ni personne ne peut se passer, ne serait-ce que le temps d’un clin d’œil.

 

On pourrait en rester là, car celui qui réalise vraiment cette disposition de dépendance et de retour à Allah a réalisé sa nature primordiale et a honoré le pacte éternel avec le Seigneur des mondes. Dans ces conditions, l’objet de sa demande apparaît presque superflu, il n’a besoin de rien en dehors d’Allah, il est pleinement satisfait, Allah Seul lui suffit réellement.

 

Cependant, la miséricorde divine est si grande qu’elle répond également au besoin ultérieure de compréhension. Il s’agit de demander, de savoir qui demande et à Qui on demande, puis de savoir ce que nous devons demander, et enfin de savoir ce que nous disons quand nous demandons. La conscience du but accompagne la dissolution du cœur. Les paroles prophétiques possèdent la vertu de purifier et d’éclairer la compréhension pour favoriser la transformation extérieure et intérieure.

 

C’est probablement le sens de cet autre hadith : « La supplique est le cerveau (mukhkh) de l’adoration. » En passant par le cerveau, la compréhension des sens de la prière et du contenu de la demande peuvent aider la concentration sur le but, pour préparer et favoriser la réalisation de l’adoration sincère d’Allah, de la servitude pure, spontanée et naturelle, qui se passe d’explications, de justifications ou de compensations.

 

L’invocation prophétique est un enseignement à part entière, une inspiration divine, un dévoilement du message de Vérité. Le Prophète avait été gratifié de la « synthèse des paroles » (jawâmi‘ al-kalim), il était capable de condenser en quelques mots un enseignement profond, riche en significations et en secrets.

 

En même temps, il transmettait toujours ce qui était le plus utile et le plus adapté aux besoins spirituels de ses interlocuteurs. Le Prophète enseigne la méthode qui conduit au plus grand bien en ce monde et dans l’autre. Il transmet une parole synthétique et entièrement suffisante.

 

Dis : Allâhumma innaka ‘afuwwun tuhibbu al-‘afwa fa-‘fu ‘annî.

 

Le Prophète oriente le sens et la portée de cette demande vers Allah en tant que ‘Afuww. Il invite à L’invoquer par l’intermédiaire de Son Nom al-‘Afuww, comme expression de l’Essence, de la Qualité et de l’Action divines. Cette triple dimension apparaît dans l’articulation de la racine ‘ayn-fa-waw sous trois formes distinctes : ‘afuww indique le Nom, ‘afw indique la Qualité, u‘fu indique l’Action. Et la relation qui lie ces trois aspects n’est autre que l’Amour, tuhibbu. Allah aime être Grand-Pardonneur, Il aime le Pardon, et Il aime Pardonner.

 

Que signifie exactement le Nom divin al-‘Afuww ?

 

La racine ‘ayn-fa-waw signifie effacer les traces, le superflu, éliminer, renoncer à, pardonner, passer outre. C’est avec le Nom divin al-‘Afuww que les fautes, péchés et transgressions de toutes sortes sont effacés du registre tenu par les anges scribes, sont pardonnés, et disparaissent à tout jamais du serviteur par pure miséricorde divine.

 

Le Nom al-‘Afuww est proche du Nom al-Ghafûr, mais le premier est plus intense que le second. Il y a une différence entre la maghfira d’Allah et Son ‘afw. La maghfira est synonyme de sitr, elle recouvre et cache les fautes, laideurs et imperfections individuelles, tandis que le ‘afw est synonyme de mahw, il les efface complètement. L’action d’effacer est donc plus intense que l’action de recouvrir.

 

Toute épreuve qui vous afflige est le fruit de ce que vos mains ont perpétré, et encore Il ne tient pas compte (ya‘fû) de nombre de vos méfaits. (42 : 30)

 

On remarque, par ailleurs, que le Nom divin al-‘Afuww n’est jamais employé seul mais il l’est, soit avec le Nom divin al-Ghafûr, soit avec le Nom divin coranique al-Qadîr.

 

Que vous fassiez du bien ouvertement ou discrètement ou encore que vous pardonniez (ya‘fû) un mal, Allah s’est bel et bien révélé Indulgent (‘afuwwan) Tout-Puissant (qadîran). (4 : 149)

 

Ce verset met en rapport et en correspondance la qualité d’al-‘Afuww avec l’attitude de Ses serviteurs : ceux qui passent outre et pardonnent les offenses qu’on leur a faites, comme si elles n’existaient plus à leurs yeux, revêtissent ainsi cette qualité divine, et ils verront leurs propres fautes effacées.

 

Dans son commentaire sur les plus beaux Noms d’Allah, l’imam al-Ghazali explique que les êtres humains participent au Nom divin al-‘Afuww en se montrant indulgents et en pardonnant à ceux qui les offensent, bien plus en faisant preuve de bonté envers les méchants, à l’image d’Allah Lui-même : Il est Bienfaisant ici-bas envers les pécheurs et les mécréants, et Il ne s’empresse pas de les châtier.

 

Il se peut même qu’Allah leur pardonne en acceptant leur repentir, ce qui signifie qu’Il efface leurs mauvaises actions. Car, selon le hadith, « celui qui se repent de sa faute est comme s’il n’avait pas commis de faute ». C’est là le summum de l’effacement.

 

Concourez au pardon de votre Seigneur, et à un Jardin large comme les cieux et la terre, préparé pour les muttaqîn, ceux qui se prémunissent par Allah, qui dépensent dans l'aisance et dans l'adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui (al-‘âfîna ‘an al-nâs) - car Allah aime les bienfaisants. (3 : 133-134)

 

Encore une fois, en cela comme en toute chose, vous avez dans le messager d’Allah un excellent modèle, pour ceux qui espèrent en Allah et dans le Jour dernier, et qui se rappellent Allah en abondance.

 

En effet, d’après le shaykh Ahmad ibn Idris al-Fasi al-Hasani (), lorsque fut révélé le verset : Montre-toi indulgent (khudh al-‘afw), ordonne ce qui est conforme à la coutume, et détourne-toi des ignorants (7 : 199), le Prophète demanda à l’ange Jibril ce que cela signifiait. Après avoir demandé à son Seigneur, Jibril lui répondit : « Allah t’ordonne de pardonner à celui qui t’a offensé, de donner à celui qui t’a privé, et d’entretenir des relations avec celui qui a rompu avec toi. »

 

Le Prophète nous enseigne par son exemple le sacrifice de l’ego, l’effacement de soi, pour servir la Volonté d’Allah et témoigner concrètement de Ses Qualités.

 

Ces quelques commentaires permettent de mieux saisir l’ampleur et l’intensité du Pardon divin qui efface les fautes du registre du serviteur, qui purifie son âme au point qu’elle devient comme une « table rase », comme cette tablette de cire vierge, sans aucune inscription, qui symbolise la pureté de l’âme à sa naissance. C’est ainsi que grâce à l’action d’al-‘Afuww, l’être est réintégré, réordonné et régénéré, dans l’esprit, l’âme et le corps.

 

Au-delà des expressions et des conceptions, l’imam al-Qushayri rappelle : « Sache que le pardon d’Allah envers Ses serviteurs est quelque chose dont la signification profonde ne peut être saisie complètement à l’aide des expressions du langage. »

 

 

Allâhumma innaka ‘afuwwun tuhibbu al-‘afwa fa-‘fu annâ