Etre citoyen d’Europe et homme de foi.

Chrétiens et musulmans, comme partenaires actifs dans les sociétés européennes

A Bruxelles, lors de la Conférence christiano-musulmane, l’imam Yahya Pallavicini, Président de l’IHEI et vice-président de COREIS (Communauté religieuse islamique) italienne, a rappelé la nécessité de protéger tous les symboles religieux: « Interdire la visibilité des symboles religieux dans les espaces publics au nom d’une laïcité radicale, qui bornerait la religion à la seule sphère privée pour éviter la présence d’éléments religieux dans la culture européenne contemporaine, est un extrémisme anti-cléricale et une phobie du sacré très inquiétant. » Il a signalé que dans certaines écoles « sous le prétexte de ne pas blesser la culture des élèves immigrés, certains enseignants suggèrent de changer l’histoire de Noël pour raconter l’histoire de Peter Pan ou d’Harry Potter. » L’iman Yahya Pallavicini a exprimé sa grande préoccupation: « Avec la politique de sécularisation, certains interprètent l’immigration et le multiculturalisme comme une occasion d’éliminer toute référence à caractère historique, culturel et symbolique du religieux et cherchent à créer une pédagogie alternative aux fêtes religieuses qui se chevauchent par des éléments de fantaisie, de magie ou par des phénomènes qui altèrent la sensibilité à la véritable spiritualité. »


Lors de la conférence , l’imam Yahya Pallavicini a voulu destiner plus particulièrement son discours aux chrétiens et aux musulmans européens afin qu’ils réaffirment « leur conscience commune de la tradition historique et culturelle de l’Occident et leur témoignage de respect pour les symboles de toutes les religions, en particulier ceux de la naissance de Jésus qui unit nos doctrines respectives. » La sécularisation va même jusqu’à empêcher les citoyens européens de vivre, de communiquer et bien sûr de reconnaître la contribution des témoignages religieux comme une part importante et intégrante de la vie et de la civilisation occidentale. Yahya Pallavicini a ensuite cité le récent message du Saint-Siège pour le Ramadan sur la famille et a souligné « la valeur profonde du mariage et de la responsabilité parentale. » « C’est le symbole de l’unité - dit-il - dans la diversité de la famille qui peut être le moyen le plus efficace pour éviter l’image de l’individualisme ou le relativisme qui semble caractériser la crise de nombreux couples en Europe. »


L’imam a rappelé que: « l’égoïsme et l’indifférence par la population est seulement une maladie de l’âme que les religions chrétienne et musulmane savent guérir en ouvrant le cœur à la générosité et à l’amour, à la fraternité et au respect, à la collaboration et à l’empathie, aux pensées et aux actions inspirées qui produisent la cohésion sociale et la croissance interculturelle. » Et il conclut: « Le citoyen européen pourra retrouver plus clairement la dignité de son identité culturelle quand il sera capable de communiquer avec sa propre histoire, avec sa foi, avec sa famille, et qu’il interprètera tous ces éléments, comme une valeur ajoutée, intégrés de manière naturelle dans son existence lui permettant alors de vivre en harmonie avec les liens affectifs et sociaux que la vie lui offre. Ainsi, les juifs, les chrétiens et les musulmans européens continueront de contribuer à l’enrichissement d’une identité européenne qui trouvent ses racines dans la richesse de la vie ainsi que dans ses traditions familiales et spirituelles. »


L’Imam Yahya Pallavicini a également invité les organisations de musulmans européens à « s’inspirer de l’exemple des communautés chrétienne et juive, en apprenant à gérer les mosquées comme les synagogues et les paroisses, et en ne se prêtant pas aux jeux de pouvoir avec la richesse matérielle des pétrodollars qui veut acheter l’âme des fidèles en érigeant dans les banlieues des ghettos musulmans panarabiques ». Il a ensuite posé une question volontairement provocante: « Qu’est-ce que cela signifie pour les futures générations de musulmans européens d’avoir des mosquées de style moghol ou des imams afghans ou égyptiens sortis de leur contexte en matière civile, sociale, culturelle, politique, linguistique et même religieux de l’Europe  ? ». « Pour créer, former et soutenir une élite intellectuelle de musulmans européens, développer un style artistique et architectural qui est compatible avec l’art sacré natif de l’Ouest et de l’architecture contemporaine, il est nécessaire d’investir dans les personnes plutôt que dans les briques ou dans les politiques de régénération urbaine ou dans les intérêts du commerce extérieur concentré sur la taille ou la couleur de “vêtements pour femmes.” ». « L’antidote à l’affrontement des civilisations tant redouté se trouve dans le développement de l’éducation interculturelle, le respect du pluralisme religieux, dans l’éducation à la citoyenneté démocratique, l’éducation pour la paix et la coopération internationale, notamment en Méditerranée. Ces branches de l’éducation permettraient d’assurer la formation de nouveaux leaders en Europe, en leur donnant les compétences pour prévenir les difficultés de communication et les guerres entre les peuples. En parallèle, des lois plus sévères contre toute forme de discrimination, d’abus et de violence psychologique devraient réduire le risque d’apparition de courants fondamentalistes, permettre de les isoler et donc d’assurer une plus grande sécurité. »