Présentation et commentaires de quelques calligraphies :

(1/1) « Dieu est la Lumière des Cieux et de la Terre » (Cor. 24 : 35)

Les hampes très allongées symbolisent la transcendance et l’unité de Dieu. Elles évoquent la descente de la parole divine des Cieux vers la Terre, sous la forme des lettres de la langue sacrée. Celles-ci font rayonner la lumière invisible de Dieu dans le monde. En même temps, on remarque la présence de flèches dirigées vers le haut, comme signes du retour à Dieu à partir de Sa parole.

(1/2) « Il n’y a pas de dieu si ce n’est Dieu »

Il s’agit du témoignage de l’Unicité divine, que l’on voit ici combiné avec des motifs végétaux. Cette calligraphie symbolise la présence cachée de Dieu dans la création, qui la voile et la dévoile tout à la fois.

(1/3) « Dieu a été satisfait des croyants lorsqu’ils ont fait le pacte avec toi sous l’arbre, et Il a su ce qui était dans leurs cœurs. Il a fait descendre sur eux Sa présence de Paix (Sakîna), et les a affermis par une proche victoire » (Cor. 48 :18)

À nouveau, les lettres se marient à des motifs végétaux. Cette calligraphie est particulière car le verset mentionne « l’arbre » sous lequel les croyants ont conclu le pacte avec le Prophète. Ce pacte s’appelle le « pacte de la Satisfaction divine », point de départ de la transmission initiatique dans le soufisme. La sobriété et la stabilité des lettres, mêlées à la fluidité et la légèreté des éléments végétaux, manifestent la présence apaisante de la Sakîna.
L’ensemble de la calligraphie est comme une germination spirituelle qui évoque le déploiement de la création à partir de la Parole de Dieu.

(2/1-5) Différentes formes, en style kûfî « fleuri », de la formule « au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux », qui montrent la richesse des possibilités de représentation de la parole divine.

(3) Kûfî « géométrique »
(3/1) Verset du Trône : « Dieu : Pas de dieu si ce n’est Lui, le Vivant, l’Immuable (Celui qui subsiste par Lui-même). Ni l’assoupissement ni le sommeil n’ont de prise sur Lui. Tout ce qui est dans les Cieux et sur la Terre Lui appartient. Qui intercèdera auprès de Lui sans Sa permission  ? Il sait ce qui se trouve derrière les hommes et ce qui est derrière eux, alors que ceux-ci n’embrassent de Sa science que ce qu’Il veut. Son Trône s’étend sur les Cieux et sur la Terre. Leur maintien dans l’existence ne lui est pas une charge. Il est le Très-Haut, l’Immense. » (Cor. 2 : 255)

Les formes statiques du style kûfî sont renforcées par la forme carrée de la composition. Celle-ci représente un labyrinthe, symbole du voyage spirituel de l’homme vers Dieu au cours de l’existence. A première vue, la calligraphie semble incohérente et discontinue. En réalité, elle a un sens de lecture, donné par la parole même de Dieu, un sens concentrique qui indique le retour de l’homme vers le Centre divin. La calligraphie allie stabilité extérieure et mouvement intérieur, manifestations des Noms divins cités dans le verset: « L’immuable » (al-Qayyûm) et le « Vivant » (al-Hayy).

(3/2) « Dieu », en noir et en blanc
Dans cette calligraphie, qui rappelle le symbolisme du tissage, il n’y a pas de vide, de même que rien de ce qui est ne saurait être hors de la Réalité divine absolue.

(4) Le style naskhî
Le style naskhî s’apparente à une écriture cursive dont l’allure est plus fluide, et qui fond les lettres en un seul mouvement continu, horizontal, qui correspond à la dimension du devenir et du changement. Son rythme mélodieux symbolise le flot inépuisable de la Parole coranique.

(4/1) « Dieu possède les clefs de l’Invisible que Lui seul connaît parfaitement. Il connaît ce qui est sur la terre et dans la mer. Nulle feuille ne tombe sans qu’Il le sache. Il n’y a pas un grain dans les ténèbres de la terre, ni rien de vert ou de desséché, qui ne soit consigné dans un Livre explicite. » (Cor. 6 : 59)

Cette composition fait apparaître le nom de Dieu comme un élément qui n’entre pas dans le mouvement du verset calligraphié. Cette indépendance du nom divin affirme la transcendance et l’immutabilité de Dieu, tandis que la Parole divine renvoie à Son immanence dans le temps et l’espace, soulignée par le style naskhî.

(5) Le style thuluth
Le style thuluth représente une synthèse des deux tendances calligraphiques précédentes, kûfî et naskhî. Il développe harmonieusement les dimensions verticale et horizontale de l’écriture arabe : à la répétition incisive des verticales répond, dans le sens du courant horizontal, la mélodie des courbes amples et variées. Tout l’espace est rempli, les mots ne suivent pas forcément le sens de la lecture. Le style thuluth révèle l’équilibre entre la Transcendance et l’Immanence divines. Cette écriture est comme l’inlassable attestation de l’Unité et de l’Omniprésence de Dieu.

(5/1) Basmala avec des hampes entrelacées.
Toutes les lettres apparaissent ainsi liées entre elles, ne laissant aucun vide dans la parole de Dieu.

(5/2) « Quant aux bienfaits que vous avez, ils viennent de Dieu. » (Cor. 16 : 53)

L’ampleur et la courbure des lettres semblent ici manifester l‘expansion de l’âme, dans la satisfaction et la reconnaissance à l’égard des bienfaits de Dieu.

(6) Le style dîwânî
Moins impersonnel, il se différencie des styles précédents par sa souplesse, les grandes envolées à la fin des mots, la multiplicité des éléments entrant dans la composition calligraphique. Cette écriture évoque l’amour divin et les élans spirituels du croyant.


(6/1) « Dis : Seigneur, fais-moi entrer par une entrée de sincérité et fais-moi sortir par une sortie de sincérité, et accorde-moi de Ta part une autorité victorieuse. » (Cor. 17 : 80)

Cette calligraphie représente un bateau qui vogue sur les flots. Elle symbolise le mouvement de l’âme portée par la parole de Dieu, dans l’entière sincérité, au-dessus de l’agitation du monde.

(6/2) « N’est-ce pas au souvenir de Dieu que s’apaisent les cœurs  ? »
(Cor. 13 : 28)

Par son rythme saccadé, cette calligraphie rappelle la contraction et l’expansion de l’âme qui ne peut trouver son apaisement que dans le souvenir de Dieu qui vivifie le cœur, réceptacle de la Présence divine.


(6/3) « La récompense de la perfection n’est-elle pas la perfection  ? »
(Cor. 55 : 60)

Selon une tradition prophétique, la « perfection » contemplative consiste « à adorer Dieu comme si tu le voyais, car si tu ne le vois pas, Lui te voit. » La répétition de boucles identiques fait écho à la signification symétrique du verset : promesse de la contemplation de Dieu.


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