Colloque à l'Assemblée Nationale - 30 novembre 2016 : 9h - 13h

Environnement et développement durable dans le monde euro-méditerranéen :

approches interculturelles


Dans le cadre de la préparation des sessions de la Conférence des Parties des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21 de Paris en 2015, COP22 de Marrakech en 2016), de nombreuses voix se sont fait entendre pour défendre les politiques de protection de l’environnement en les enracinant dans des contextes marqués par des valeurs, des histoires, et des cultures variées. C’est ainsi que l’on a pu récemment lire les plaidoyers environnementaux de l’encyclique papale « Laudato Sì », ou de la

« Déclaration islamique sur le changement climatique global ». Deux tables rondes permettront d’identifier les aspects culturels de la protection de l’environnement autour du bassin euro-méditerranéen, et de proposer des pistes pour faciliter les politiques publiques favorables à l’environnement dans des contextes culturels différents.

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Une vie à la recherche de la Vérité

Le Shaykh Abd-al Wahid Pallavicini a eu 90 ans


Les membres de l’Institut des Hautes Etudes Islamiques sont heureux de célébrer le quatre-vingt-dixième anniversaire de leur Président d’honneur, le Shaykh Abd-al-Wahid Pallavicini. A cette occasion, il leur paraît important de retracer brièvement son exceptionnel itinéraire intellectuel et spirituel.

 

« Rien de personnel » a pourtant déclaré le Shaykh Abd-al-Wahid Pallavicini à la délégation qui venait le féliciter. Une formule qui résume une vie entière à la recherche d’une Vérité qui nous dépasse tous. Ce maître spirituel de 90 ans, dont 65 ans passées en tant que musulman italien, est le premier de l’époque contemporaine à avoir donné le témoignage d’un parcours de l’islam en Occident, à avoir rapporté, avec force et patience, la spiritualité islamique en Italie 700 ans après Frédéric II et les échanges intellectuel du Moyen Âge, et à avoir influencé profondément la vie de plusieurs générations de disciples.

 

Cet anniversaire n’est donc pas seulement celui d’un maître qui a de nombreuses années de vie derrière lui, mais c’est aussi l’anniversaire de ces disciples, membres d’une communauté musulmane composée d’italiens et de français, unis solidement par la circulation d’une bénédiction liée à l’hérédité spirituelle.

 

De ses voyages en Orient, le Shaykh Abd-al-Wahid a rapporté en Europe ce sens de la spiritualité universelle qui « conquiert l’Orient sans perdre l’Occident, et, dans le règne du fanâ’ [l’extinction mystique en Dieu], atténue les frontières géographiques », selon les mots qui lui ont été adressés depuis Jérusalem par le Rabbin Daniel Sperber. Une spiritualité vivifiée par l’appartenance au courant le plus intérieur et le plus contemplatif de l’islam orthodoxe, le soufisme, depuis lequel le Shaykh Abd-al-Wahid déploie son œuvre infatigable de témoignage et d’enseignement en tant que Maître autorisé de la tarîqa Ahmadiyya Idrîssiyya Shâdhiliyya.

 

Comme reflet extérieur nécessaire d’une concentration sur l’intérieur, il a donné vie, depuis le début des années 1980, en Italie et en France, au Centre d’Etudes Métaphysiques de Milan, puis à notre l’Institut des Hautes Etudes Islamiques en 1994, et à la Communauté Religieuse Islamique Italienne (CO.RE.IS). Un parcours progressif « de la culture au culte », nécessaire dans un Occident qui a perdu le sens de la religion et de la doctrine, et où ces associations représentent aujourd’hui des centres de formation et d’action pour que la tradition islamique soit vécue dans son authenticité, et préservée de toute contamination politique et idéologique. Un enjeu fondamental dans le contexte difficile que connaît notre pays.

 

Au cours de trente ans d’activité publique, le témoignage des principes éternels et la civilisation traditionnelle et interculturelle islamique, dans la conscience de l’unicité du Monothéisme abrahamique, a naturellement conduit à un dialogue constant avec la communauté juive et avec l’Eglise catholique, depuis la première rencontre interreligieuse d’Assise en 1986, où, sur l’invitation du Pape Jean-Paul II, le Shaykh Abd-al-Wahid a fait partie de la délégation des représentants musulmans.

 

Les membres de l’IHEI et les disciples renouvellent tous leurs vœux au Shaykh Abd-al-Wahid, à l’occasion de ses 90 ans qui représentent un modèle de foi et de courage pour les nouvelles générations de musulmans européens.

Rendons visible un islam de connaissance


Les terribles attentats ayant frappé notre pays, parmi d’autres, ont fait resurgir la question récurrente des rapports de la société française avec l’islam. Dans ce contexte, les « élites républicaines et musulmanes » sont sommées de prendre position pour dénoncer la violence, et pour contribuer à faire cesser l’état de désorganisation plus ou moins chronique qui règne au sein de l’islam de France.

Mais comment être musulman et républicain ? Quelles lois sont à placer au-dessus des autres : les « lois de Dieu » ou les « lois de la République » ? Même si les responsables religieux musulmans n’ont eu de cesse de dénoncer les attentats, et de mettre en garde contre les amalgames, il reste toujours, dans l’esprit de nombre de nos concitoyens, la suspicion selon laquelle l’islam violent serait finalement le « vrai islam », et les défenseurs d’un islam pacifique, des naïfs ou des hypocrites. On nous dit : mais lisez le Coran, il est plein de versets appelant à la guerre ! Et cette violence n’est-elle pas la preuve qu’au fond, la religion et l’islam en particulier restent, comme l’assène le philosophe Yvon Quiniou, « une imposture morale, intellectuelle et politique » ?

 

Et pourtant, ces élites musulmanes et républicaines existent. Justement parce qu’elles sont républicaines, elles ne mettent pas en avant leur appartenance religieuse, et elles ont « joué le jeu » au sein de la société française en s’élevant, d’abord grâce à l’école, vers des positions élevées dans les corps intermédiaires : universitaires, médecins hospitaliers, chefs d’entreprise, élus nationaux et locaux... Nos concitoyens musulmans ont adhéré à l’idéal républicain de l’égalité et du mérite. Et contrairement à l’opinion reçue, cette adhésion ne s’est pas faite au détriment de notre foi.

 

Qu’on nous permette un témoignage: notre appartenance à la communauté nationale et notre adhésion à l’islam, une adhésion de choix pour certains d’entre nous, nous apparaissent tout à fait compatibles. L’identité de chacun d’entre nous est faite de cette appartenance, de cette adhésion, et des con- fluences de son histoire personnelle. Notre appartenance citoyenne nous fait adhérer aux valeurs de la République: liberté – et au premier titre la liberté de conscience –, égalité, fraternité. Nous le comprenons comme le prolongement de nos valeurs religieuses. Nous adhérons aussi au principe de laïcité qui rend possible la pratique de notre culte. Quant à notre engagement spirituel, il nous enjoint l’amour d’autrui et le souci de travailler pour le bien commun. Le Coran, qui constitue pour les musulmans « la parole de Dieu », doit, justement parce qu’il apparaît sous une forme très déroutante, être sujet à exégèse et à interprétation, car le texte doit, d’une part, être compris dans ses sens multiples, d’autre part, être replacé dans son contexte, celui de l’Arabie du VII siècle. Ce qui est en jeu, c’est l’articulation du message universel du texte, et un exemple d’adaptation particulière de ces messages universels au contexte de la révélation, la chronique de la prédication dans la société païenne de La Mecque puis de la constitution de la première société musulmane à Médine. Comme « nous n’avons rien omis dans le Livre », le Coran contient bien de l’universel, et un particulier, qui ne peut pas être universalisé sans cesser d’être un particulier.

 

L’ÉCOLE A UN RÔLE ESSENTIEL

Dans ce particulier se trouve la relation des événements de l’époque de la révélation. Ces événements ont été pour partie guerriers, et donc violents. Il ne s’agit pas de les supprimer du texte – il est absurde de vouloir « réformer » le Coran comme on en a lu la proposition – mais de les placer dans cette perspective relative, où ils ne peuvent pas devenir des normes, sinon des normes symboliques, celles du combat contre soi-même pour s’améliorer, ce que le Prophète appelait la « guerre sainte contre l’âme » (djihad an-nafs). Plus d’un siècle et demi après la fin de la révélation, une nouvelle adaptation à des circonstances différentes, celles de l’Empire abbasside, a été élaborée, à une période où les enjeux étaient complètement différents de ceux des sociétés modernes, et où les mœurs politiques et sociales étaient autres, notamment le rapport à la violence d’Etat après les différentes guerres civiles que l’Empire musulman avait connues. C’est cette codification, somme toute tardive, que l’on appelle la charia classique. Elle contient des prescriptions liturgiques et rituelles, mais aussi la normalisation des rapports sociaux. Une telle normalisation était adaptée à son temps. Mais nous avons désormais un autre regard sur le monde, sur la personne humaine, sur la diversité des religions et croyances, sur l’organisation de la société. Les lois de Dieu sont d’abord des lois éthiques et spirituelles, qu’il s’agit de vivre dans la société où nous sommes placés.

 

Il nous semble que l’aspiration de l’immense majorité des musulmans vivant en France est de retrouver la grande tradition intellectuelle, scientifique, philosophique, éthique et mystique de l’islam, et de l’ouvrir aux échanges entre les êtres humains dans leur diversité culturelle et religieuse, et à l’urgence de construire un avenir commun sur une planète dont les ressources apparaissent désormais limitées. Œuvrons donc à une meilleure connaissance de l’islam dans sa richesse, comme un questionnement et non un endoctrinement. L’école a un rôle essentiel dans ce domaine, en présentant non seulement les règles du vivre-ensemble (ce qu’on a voulu appeler la « morale laïque », qui est en fait très proche des « morales religieuses» dans leur acception ouverte), mais aussi le fait religieux dans sa dimension originelle (« les débuts de l’islam ») et intellectuelle. Et il faut aussi d’autres instances qui puissent participer à une formation continue de nos concitoyens aux enjeux d’un monde qui se transforme si vite. Ce que nous attendons des pouvoirs publics, c’est de rendre visibles, sous diverses formes et dans le strict respect du principe de laïcité, les initiatives de celles et ceux qui promeuvent un islam de connaissance, à la fois citoyen et spirituel.

 

Abd al-Haqq Ismaïl Guiderdoni

Directeur de l’IHEI et Vice-Président de l’IFCM

La visite des musulmans dans les églises, une communion sans confusion


Le 31 juillet dernier, des musulmans français ont, par leur présence lors de la messe dominicale, affirmé à nouveau avec force le caractère sacré et inviolable de la vie, et ont rejeté sans concession toute forme de violence, qu’elle soit physique ou verbale.

Les responsables religieux musulmans n’ont eu de cesse de défendre cette position pacifique contre l’horreur des crimes commis au nom de l’islam, tout en mettant en garde contre les amalgames (1). L’assassinat du père Jacques Hamel officiant dans son église est, à leurs yeux, une véritable profanation, qui a porté atteinte à la sacralité de sa vie, de sa fonction de prêtre, du rite qu’il célébrait, et du lieu de prière où il se trouvait.

 

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Le Monothéisme abrahamique contre le terrorisme


Le Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini, à Assise, en 1986
Le Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini, à Assise, en 1986

Les demandes de réciprocité, qui constituent l’arrière-plan ultime de tout discours sur l’islam, tentent d’opposer et de revendiquer des thèmes et situations qui se situent sur des plans différents, avec comme résultat de mettre en discussion le principe même de la liberté de religion. Mais si certaines questions restent sans réponses, citant René Guénon, « c’est parce que les questions sont mal posées ». Aujourd’hui, nous ne voudrions pas que l’absence de réponses ou de solutions à des questions qui ne sont pas d’ordre religieux, puisse également compromettre le dialogue et la connaissance réciproque des fidèles appartenant aux diverses communautés de croyants, en Occident comme en Orient. Ce ne sont certainement pas les trois Révélations du Dieu d’Abraham (‘alayhi-as-salâm) qui peuvent conduire au terrorisme, mais c’est leur instrumentalisation par ceux qui veulent en ignorer le message religieux et spirituel commun pour chercher à les mettre l’une contre l’autre, ou l’une au-dessus de l’autre, à des fins d’hégémonie politique ou de revendications ethnique, nationale ou territoriale.

 

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Notre temps et le temps de Dieu


La Déclaration conciliaire Nostra Aetate fête ses 50 ans, et, avec elle, le Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux, alors dénommé Secrétariat pour les non chrétiens, qui a été voulu par Paul VI parallèlement au Concile Vatican II. A travers l’institution d’un nouvel organe chargé des rapports avec les autres religions, ne s’agissait-il pas peut-être de donner une réponse concrète à la complexité du travail d’élaboration de la Déclaration qui avait suscité beaucoup de questions internes et demandé plusieurs compromis ?

Dans l’expression « non chrétiens » réside, à mon sens, un problème de fond qui ressort du texte conciliaire. Après plusieurs années de relations intenses avec le Vatican, nous avons réussi à obtenir au moins que soit modifié le nom du Secrétariat. La centralité du Christianisme, qui est réaffirmée chaque fois que le texte de Nostra Aetate mentionne une autre religion, l’hindouisme, le bouddhisme, le judaïsme et l’islam, risque de faire la part belle à ces tendances exclusivistes que les pères conciliaires entendaient justement réfuter à travers cette Déclaration.

 

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