Une vie à la recherche de la Vérité

Le Shaykh Abd-al Wahid Pallavicini a eu 90 ans


Les membres de l’Institut des Hautes Etudes Islamiques sont heureux de célébrer le quatre-vingt-dixième anniversaire de leur Président d’honneur, le Shaykh Abd-al-Wahid Pallavicini. A cette occasion, il leur paraît important de retracer brièvement son exceptionnel itinéraire intellectuel et spirituel.

 

« Rien de personnel » a pourtant déclaré le Shaykh Abd-al-Wahid Pallavicini à la délégation qui venait le féliciter. Une formule qui résume une vie entière à la recherche d’une Vérité qui nous dépasse tous. Ce maître spirituel de 90 ans, dont 65 ans passées en tant que musulman italien, est le premier de l’époque contemporaine à avoir donné le témoignage d’un parcours de l’islam en Occident, à avoir rapporté, avec force et patience, la spiritualité islamique en Italie 700 ans après Frédéric II et les échanges intellectuel du Moyen Âge, et à avoir influencé profondément la vie de plusieurs générations de disciples.

 

Cet anniversaire n’est donc pas seulement celui d’un maître qui a de nombreuses années de vie derrière lui, mais c’est aussi l’anniversaire de ces disciples, membres d’une communauté musulmane composée d’italiens et de français, unis solidement par la circulation d’une bénédiction liée à l’hérédité spirituelle.

 

De ses voyages en Orient, le Shaykh Abd-al-Wahid a rapporté en Europe ce sens de la spiritualité universelle qui « conquiert l’Orient sans perdre l’Occident, et, dans le règne du fanâ’ [l’extinction mystique en Dieu], atténue les frontières géographiques », selon les mots qui lui ont été adressés depuis Jérusalem par le Rabbin Daniel Sperber. Une spiritualité vivifiée par l’appartenance au courant le plus intérieur et le plus contemplatif de l’islam orthodoxe, le soufisme, depuis lequel le Shaykh Abd-al-Wahid déploie son œuvre infatigable de témoignage et d’enseignement en tant que Maître autorisé de la tarîqa Ahmadiyya Idrîssiyya Shâdhiliyya.

 

Comme reflet extérieur nécessaire d’une concentration sur l’intérieur, il a donné vie, depuis le début des années 1980, en Italie et en France, au Centre d’Etudes Métaphysiques de Milan, puis à notre l’Institut des Hautes Etudes Islamiques en 1994, et à la Communauté Religieuse Islamique Italienne (CO.RE.IS). Un parcours progressif « de la culture au culte », nécessaire dans un Occident qui a perdu le sens de la religion et de la doctrine, et où ces associations représentent aujourd’hui des centres de formation et d’action pour que la tradition islamique soit vécue dans son authenticité, et préservée de toute contamination politique et idéologique. Un enjeu fondamental dans le contexte difficile que connaît notre pays.

 

Au cours de trente ans d’activité publique, le témoignage des principes éternels et la civilisation traditionnelle et interculturelle islamique, dans la conscience de l’unicité du Monothéisme abrahamique, a naturellement conduit à un dialogue constant avec la communauté juive et avec l’Eglise catholique, depuis la première rencontre interreligieuse d’Assise en 1986, où, sur l’invitation du Pape Jean-Paul II, le Shaykh Abd-al-Wahid a fait partie de la délégation des représentants musulmans.

 

Les membres de l’IHEI et les disciples renouvellent tous leurs vœux au Shaykh Abd-al-Wahid, à l’occasion de ses 90 ans qui représentent un modèle de foi et de courage pour les nouvelles générations de musulmans européens.

Communiqué de presse


Les membres de l’Institut des Hautes Etudes Islamiques, français de confession musulmane, expriment leur effroi, leur tristesse et leur indignation devant les odieux attentats qui nous ont frappés à Paris dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre. Aucune justification, et surtout pas une justification religieuse, ne peut être trouvée à une telle violence destructrice. Les membres de l’IHEI expriment leur totale solidarité avec les victimes et leurs familles, et ils s’associent pleinement à l’appel à l’unité et à la fraternité de la nation, dans l’épreuve terrible qu’elle traverse.

L’IHEI travaille depuis plus de vingt ans pour tisser des liens de connaissance réciproque et de respect mutuel au sein de la société française, dans le respect des lois de la République. Plus que jamais, ces liens sont nécessaires afin de lutter contre l’obscurantisme, la haine et la barbarie. En dépit de ces circonstances tragiques, l’IHEI poursuivra avec résolution son engagement au service de la vérité et de la paix, dans la conviction qu’il faut construire un futur commun à l’humanité tout entière.

Le Monothéisme abrahamique contre le terrorisme


Le Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini, à Assise, en 1986
Le Shaykh Abd al-Wahid Pallavicini, à Assise, en 1986

Les demandes de réciprocité, qui constituent l’arrière-plan ultime de tout discours sur l’islam, tentent d’opposer et de revendiquer des thèmes et situations qui se situent sur des plans différents, avec comme résultat de mettre en discussion le principe même de la liberté de religion. Mais si certaines questions restent sans réponses, citant René Guénon, « c’est parce que les questions sont mal posées ». Aujourd’hui, nous ne voudrions pas que l’absence de réponses ou de solutions à des questions qui ne sont pas d’ordre religieux, puisse également compromettre le dialogue et la connaissance réciproque des fidèles appartenant aux diverses communautés de croyants, en Occident comme en Orient. Ce ne sont certainement pas les trois Révélations du Dieu d’Abraham (‘alayhi-as-salâm) qui peuvent conduire au terrorisme, mais c’est leur instrumentalisation par ceux qui veulent en ignorer le message religieux et spirituel commun pour chercher à les mettre l’une contre l’autre, ou l’une au-dessus de l’autre, à des fins d’hégémonie politique ou de revendications ethnique, nationale ou territoriale.

 

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Notre temps et le temps de Dieu


La Déclaration conciliaire Nostra Aetate fête ses 50 ans, et, avec elle, le Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux, alors dénommé Secrétariat pour les non chrétiens, qui a été voulu par Paul VI parallèlement au Concile Vatican II. A travers l’institution d’un nouvel organe chargé des rapports avec les autres religions, ne s’agissait-il pas peut-être de donner une réponse concrète à la complexité du travail d’élaboration de la Déclaration qui avait suscité beaucoup de questions internes et demandé plusieurs compromis ?

Dans l’expression « non chrétiens » réside, à mon sens, un problème de fond qui ressort du texte conciliaire. Après plusieurs années de relations intenses avec le Vatican, nous avons réussi à obtenir au moins que soit modifié le nom du Secrétariat. La centralité du Christianisme, qui est réaffirmée chaque fois que le texte de Nostra Aetate mentionne une autre religion, l’hindouisme, le bouddhisme, le judaïsme et l’islam, risque de faire la part belle à ces tendances exclusivistes que les pères conciliaires entendaient justement réfuter à travers cette Déclaration.

 

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