Sermon donné à la Mosquée al-Wahid, Milan

Allah — ‘azza wa jalla — dit dans son Saint Coran :

Quand son fils eut atteint l’âge lui permettant de marcher avec lui, il dit : ô mon fils, en vérité je vois dans mon sommeil que je te sacrifie. Considère ce que tu vois. Son fils dit : ô mon père, fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras, si Allah le veut, parmi les patients. Puis quand ils se furent soumis tous deux, et qu’il l’eut jeté le front contre terre, nous l’appelâmes : Ô Ibrahim ! Tu as avéré la vision ! C’est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien. Certes, c’était une épreuve manifeste ! Coran sourate les rangées XXXVII, versets 102 à 106.

Ô croyants,

Al-hamdu li-Llh. Louange à Allah qui nous a réunis ici pour accomplir le rite de salat al-jumu’a, en ce dernier vendredi du mois de Dhû-l-hijja. Nous accueillons nos frères qui rentrent des derniers jours du hajj, rejoignent leurs communautés, et retrouvent leur famille, en rapportant les bénédictions des rites accomplis sur les lieux saints de l’islam. Nous avons suivi leurs journées, depuis le jour de ‘Arafa, puis le jour de l’aïd al-adha, jusqu’aux ayyam at-tashriq à Mina. Nous avons accompli le sacrifice avec eux le jour de l’aïd. La question que nous devons nous poser est : Qu’est-ce que les pèlerins retirent du hajj ? Ils en reviennent éclairés et transformés. Et nous, que retirons-nous de l’aïd al-adha ? Quel en est le sens spirituel qui, année après année, doit nous transformer lui aussi, en écho du hajj.

Nous suivons en cela l’exemple de Sayyidunâ Ibrâhîm, khalîl Allh (‘alayhi-s-salâm). Alors qu’il a atteint un grand âge, Allah lui annonce la naissance de son premier fils, Sayyidunâ Ismâ‘îl (‘alayhi-s-salâm), qu’il a de sa servante Hâjar. Et, selon le récit coranique que nous venons de citer, alors qu’Ismâ‘îl a atteint l’âge d’aider son père et de l’assister dans sa vieillesse, voici qu’Allah envoie à Ibrâhîm un songe où Il lui demande de sacrifier ce fils unique tant attendu. Sayyidunâ Ibrâhîm est un prophète : il sait que son songe est véridique. Lui et son fils se soumettent à l’ordre divin, mais, au moment même du sacrifice, Sayyidunâ Jibrîl (‘alayhi-s-salâm) intervient sur ordre d’Allah, et offre un bélier en remplacement.

Quelle leçon pour chacun d’entre nous en Ibrâhîm et en Ismâ‘îl ? L’un et l’autre ont la foi en leur Seigneur, et savent que tout ce qui advient résulte de Sa volonté. Ils se remettent entre Ses mains bénies et se soumettent. Ismâ‘îl jeté le front contre terre est dans la position du sujûd, qui témoigne de la soumission absolue du serviteur envers le Seigneur. Ismâ‘îl fait partie des patients, aç-çâbirûn, ceux qui acceptent l’épreuve divine car ils savent qu’elle a un sens. Le père et le fils ont confirmé la vision (çaddaqta-r-ru’yâ) et sont ainsi des muhsinûn, c’est-à-dire, ceux qui suivent l’enseignement rappelé par notre bien aimé Prophète Muhammad  (çallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallam, la Prière et la Bénédiction de Dieu soient sur lui) : que tu adores Allah comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui te voit.

Certes, une telle acceptation n’est pas facile. Abû Ja’far At-Tabarî nous rappelle la tentation subtile d’Iblîs quand il s’approche d’Hâjar, puis d’Ismâ‘îl, et enfin d’Ibrâhîm : n’est-ce pas irrationnel de sacrifier son fils unique ? Mais Hâjar, Ismâ‘îl et Ibrâhîm tiennent bon. Ils ont confiance en Allah. Ils sont en larmes mais ils acceptent. La soumission n’est pas pour les faibles : seuls les courageux sont capables de se soumettre à Allah et de combattre les tentations diaboliques. Le rite du ramy al-jamarât, pendant le hajj, manifeste de façon visible le courage d’Ibrâhîm et de sa famille face à Iblîs.

Qu’est-ce donc que nous sacrifions le jour de l’aïd, en mémoire de ce bélier blanc sacrifié par Ibrâhîm ? Nous ne pouvons offrir à Allah qu’une victime pure. Ismâ‘îl est pur. Il est un ghulâm halîm, nous dit le Saint Coran, un enfant longanime et généreux annoncé par Allah. Que sommes-nous prêts à sacrifier dans la soumission totale à Allah ? Le Saint Coran nous dit : « Inna-llâha-shtarâ mina-l-mu’minîn anfusahum wa amwâlahum bi-anna lahumu-l-jannah, Allah a acheté aux croyants leurs âmes et leurs biens en échange du Paradis »1.

De même que nous devons donner en çadaqa le meilleur, et non le moins bon, nous devons offrir à Allah le meilleur de notre âme et, pour cela, la purifier de toutes nos passions. C’est cela, le sens du sacrifice d’Ibrâhîm et d’Ismâ‘îl : présenter à Allah une âme purifiée par la confiance (tawakkul), la patience (çabr), la soumission (islam), et le jihâd an-nafs, la lutte contre la mauvaise part de soi-même excitée par lblîs. Le Saint Coran nous dit : « Lan yanâla-llâha luhûmuhâ wa lâ dimâ’uhâ wa-lâkin yanâluhu-t-taqwâ. Ni la chair, ni le sang des victimes n’atteint Allâh, mais c’est la crainte qui L’atteint ! »2. Allah nous apprend que les animaux sacrifiés sont là pour que nous prononcions le takbîr sur eux, et que nous soyons reconnaissants. Leur viande est distribuée aux pauvres, et autres ayants-droits, en aumône pieuse. Ce qui retourne à Allah, c’est notre piété.

Allhumma, conduis-nous sur le chemin droit, et fais de nous des croyants qui te craignent, proclament ta grandeur, et qui sont reconnaissants pour tes bienfaits.

Chers Frères et chères Sœurs,

Al-hamdu li-Llâh qui nous demande de rappeler, dans la taçliya à la fin de la prière, le nom du Prophète Ibrâhîm et de sa famille, après celui de notre bien aimé prophète Muhammad et de sa famille.
Al-hamdu li-Llâh qui nous a fait vivre l’aïd al-adha, et nous a permis de comprendre le sens de cette fête.

Dans son commentaire du Saint Coran, Abû Ja’far At-Tabarî nous explique que, lorsque Jibrîl interrompit le geste d’Ibrâhîm et cria :« tu as accompli la vision !», Ibrâhim s’écria : « Allâhu akbar, Allâhu akbar ! » Jibrîl répéta ces paroles et Ibrâhîm dit alors : « L ilâha illâ Llh, Allâhu akbar ! » puis Ismâ‘îl ajouta : « Allâhu akbar wa-li-llâhi-l-hamd ! » C’est ainsi que l’invocation de l’aïd a été composée par Jibrîl, Ibrâhîm et Ismâ‘îl. En la répétant, nous participons à leur joie face à la fin de l’épreuve évidente (balâ’ mubîn). « Salâmun ‘alâ Ibrâhîm, Paix sur Ibrahim », dit le Saint Coran pour conclure le récit. La soumission à Allah, la patience, la confiance et le courage dont ont fait preuve les deux prophètes, conduisent à la vraie paix, qui est celle du jannah. En récompense de leur soumission, Jibrîl annonce à Ibrâhîm la naissance d’un second fils, qu’il aura avec Sarah pourtant très âgée, Sayyidunâ Ishâq (‘alayhi-s-salâm). Alors qu’Ismâ‘îl est un ghulâm halîm, un garçon longanime prêt à supporter avec patience l’épreuve évidente demandée par Allah, Ishâq, nous dit le Saint Coran, est un ghulâm ‘alîm, un garçon savant qui hérite de la science de l’islam acquise par Ibrâhîm lors de la pleine soumission du sacrifice.

Il y a donc une unité profonde de toute la famille de Sayyidunâ Ibrâhîm. Sarah donne Hâjar, sa servante, en épouse à Ibrahîm pour qu’il ait son premier fils Ismâ‘îl. Allah récompense la soumission et la patience d’Ibrâhîm et d’Ismâ‘îl en donnant à Sarah Ishâq, second fils, et père de la lignée d’où sont issus Sayyidunâ Mûsâ et Sayyiduna ‘Îsâ (‘alayhimâ-s-salâm). Notre prophète Muhammad  accomplit la promesse pour la filiation d’Ismâ‘îl. Il disait : « Je suis le descendant de deux personnes sacrifiées, Sayyidunâ Ismâ‘îl et son propre père AbdAllâh qui faillit être sacrifié pour que le puits tari de Zamzam puisse redonner son eau, et fut remplacé par cent chameaux. Sayyidunâ Muhammad  prépare, par sa servitude totale vis-à-vis d’Allah, servitude anticipée par Hâjar et Ismâ‘îl, la seconde venue de Sayyidunâ ‘Îsâ, « signe de l’heure » qui manifestera la Toute-Puissance divine. Muhammad, le Prophète serviteur,  sera élevé, au moment de la résurrection, à la station la plus élevée, où il sera l’intercesseur pour toute l’humanité.

Allhumma, aide-nous à être fidèles à ton plan sublime pour la descendance de Sayyidunâ Ibrâhîm, jusqu’au jour du Jugement. Amîn.


  1. Coran 9 : 111.
  2. Coran 22 : 37