Sermon donné à la Mosquée al-Wahid, Milan

Allah — ‘azza wa jalla — dit dans son Saint Coran :

Certes, Je jure par le jour de la résurrection, et certes, Je jure par l’âme qui ne cesse de se blâmer. L’homme estime-t-il que Nous ne réunirons pas ses os ? Au contraire, Nous sommes capables de replacer les extrémités de ses doigts. Mais l’homme veut continuer à être pécheur. Il demande : quand aura lieu le jour de la résurrection ? Coran, sourate la résurrection LXXV, versets 1 à 6.

Ô croyants,

Al-hamdu li-Llah. Louange à Allah qui nous a créés pour que nous L’adorions à chaque instant de notre vie, par le souvenir de Son Nom et par les invocations de Sa Miséricorde.
Al-hamdu li-Llah. Louange à Allah qui nous a réunis aujourd’hui, jour de jumu’a, pour la prière en commun.
Al-hamdu-li-Llah. Louange à Allah qui rassemblera bientôt Ses pèlerins, comme chaque année, pour le hajj, la visite au bayt al-harâm, à la Maison sacrée, et à ses alentours.

Cette adoration de chaque instant dans le souvenir et l’invocation, cette adoration dans les moments rituels, ce voyage sur les lieux saints de l’islam, sont une préparation à la grande rencontre que nous aurons avec notre Seigneur. Car notre vie à tous, de notre berceau à notre tombe, prend son sens quand nous nous redresserons d’entre les morts, lors d’une nouvelle création, au jour de la résurrection, yawm al-qiyâma, et du grand rassemblement de toute l’humanité, yawm al-hashr, où nous ferons face à notre Seigneur.

Allah — ‘azza wa jalla — nous le dit dès les premiers versets de la révélation : « Il a enseigné à l’homme ce que celui-ci ne savait pas, ‘allama-l-insâna mâ lam ya’lam ». Ce que l’homme ne savait pas, c’est qu’il est promis à la résurrection et au jour du jugement. Et le Saint Coran ne cesse d’annoncer la venue très prochaine de l’heure dernière. Alors l’ange du jugement, Sayyiduna Israfil (‘alayhi-s-salam) embouchera sa trompette, et soufflera une première fois : ce sera la sonnerie ar-râjifa terrassant tout être encore vivant. Puis il soufflera une seconde fois, la sonnerie ar-râdifa, et ce sera la résurrection de tous les morts.1

Toutes les humanités seront rassemblées et passeront en jugement. Allah pardonnera à qui Il veut et punira qui Il veut. Mais nous, les croyants, nous avons l’espérance que, conformément à Sa Promesse, Il fera miséricorde à ceux qui croient et accomplissent les bonnes actions.

Ô Allah, pardonne-nous nos péchés et nos mauvaises actions, et fais-nous miséricorde, ô Toi le plus miséricordieux des Miséricordieux. Allahumma ghfir lana dhunubana wa sayyi’atina wa-rhamna ya arham ar-rahimin. Amin.

Nous ne savons pas quand Allah décidera du jour de la résurrection, mais le temps est proche.

Ils t’interrogent au sujet de l’heure : quand viendra-t-elle ? Dis : sa science n’est qu’auprès de mon Seigneur. Nul autre que Lui ne la fera paraître en son temps. Elle est pesante dans les cieux et sur la Terre. Elle viendra sur vous soudainement.2

Notre bien-aimé prophète Muhammad (çallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallam) a été envoyé, avant la fin des temps, comme bashir wa nadhîr, porteur de la bonne nouvelle de la résurrection pour les croyants, et avertisseur de la menace de la résurrection pour les mécréants. Mais les mécréants se sont moqués de lui. Quoi ? disent-ils, Allah nous ressuscitera alors que nous ne serons que des os pourris ! Ce serait revenir de bien loin ! Pourtant, quand on leur pose la question : qui a créé le monde ? ils disent : Allah ! Mais ils n’y croient pas vraiment, puisqu’ils refusent l’idée que Celui qui les a créés une première fois puisse les créer une seconde fois. Ils ne connaissent pas Allah à sa juste mesure, et nient la puissance créatrice d’Allah !

Cependant, comme le dit le verset de la sourate al-qiyama, Allah est bien capable de les recréer, et de remettre en place jusqu’aux articulations de leurs doigts ! Mais certains voient dans la résurrection « une histoire des anciens », une fable sans aucune consistance « qalu : asatir-l-awwalin ». D’autres encore affirment que nous n’avons pas besoin de la résurrection, que c’est juste une image de notre progrès spirituel. D’autres enfin prétendent que leur résurrection a déjà été effectuée, à partir du moment où ils pensent qu’ils sont devenus croyants, dans l’islam, ou dans une autre religion. Subhana-Llah ! Mais le Coran nous avertit : tout cela n’est pas ce que Allah nous a promis ! La résurrection sera vraie et réelle, aussi vraie et réelle que la première création, mais comme une nouvelle et différente création. Cette résurrection est l’événement le plus important depuis notre naissance. « En vérité le séisme de l’heure sera quelque chose de considérable (inna zalzalta-s-sa’ati shay’un ‘azhim). »3

Toute notre vie d’adoration est une préparation à cet événement unique. Ce sera une vie nouvelle, dans le monde dernier, al-âkhira, un monde plus vaste que ce bas-monde, ad-dunyâ, trop étroit pour être le lieu de la récompense et de la punition. C’est alors que le grand plan d’Allah pour l’humanité, et pour chacun et chacune d’entre nous, nous apparaîtra clairement, et que nous comprendrons pourquoi nous avons été heureux et pourquoi nous avons souffert, car toute injustice sera corrigée à jamais, dans cette vie nouvelle « meilleure et plus durable » (wa la-l-akhiratu khayrun wa abqâ). Certes nous ne savons pas comment Allah créera ce nouveau monde. Mais nous avons foi en Lui qui dit, dans le hadith qudsi rapporté par Tirmidhî, d’après Abu Hurayra : « J’ai préparé pour mes serviteurs pieux ce qu’aucun œil n’a vu, ce qu’aucune oreille n’a entendu, et ce qu’aucun cœur n’a imaginé. »

Le prophète Muhammad (çallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallam) nous enseigne qu’il sera le premier homme ressuscité par le son de la râdifa, et qu’il accédera alors, selon la promesse faite par Allah, au maqam mahmud, la Station de louange, où Allah lui accordera le droit d’intercession pour sa communauté, puis pour toute l’humanité, lui qui a été envoyé « comme une miséricorde pour les mondes », rahmatan lil ‘alamîn. Et Allah ne manque pas à Sa promesse.

Allahumma âti muhammadani l-wasilata wa l-fadilata wa b’ath-hu-l-maqama-l-mahmuda-lladhi wa’adtahu. Innaka la tukhlifu-l-mi’âd. Amin.

Chers Frères et chères Sœurs,

Toute notre vie, à chaque instant, est un chemin pour l’adoration par la connaissance de notre Seigneur, et pour la connaissance par l’adoration de notre Seigneur. Nous comprenons que nous sommes les serviteurs, et qu’Il est le seul Seigneur ; que nous sommes les pauvres envers lui et qu’Il est le seul Riche, « Indépendant des mondes » ; que Lui seul peut pardonner nos fautes et nous faire miséricorde. Le plus difficile, peut-être, est de faire l’effort d’accepter notre faiblesse, tout en luttant de toute notre force contre ce qui est mauvais en nous « l’âme instigatrice du mal », an-nafs al-ammaratu bi-su’, qui attise nos mauvais penchants.

En revanche, ce qui est bon en nous, c’est « l’âme qui ne cesse de se blâmer elle-même », an-nafs al-lawwama, qui fait son examen de conscience et qui reconnaît à Allah la sublimité de toutes les qualités. Se blâmer soi-même, faire les comptes de ses actions selon l’ordre du Prophète (çallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallam) : hâsibû anfusakum, ce n’est pas additionner les bonnes actions (hasanat) et soustraire les mauvaises (sayyi’at), ce n’est pas se trouver des justifications pour chacune des fautes que l’on a faites, ce n’est pas s’estimer trop mauvais, ni trop bon, pour l’adoration. C’est demander secours à Allah pour que Ses qualités seigneuriales viennent en aide à notre fonction de serviteur. C’est rassembler de nouveau ses forces pour L’adorer, comme seule action de poids dans ce monde qui prépare notre passage dans l’autre monde.

Cet effort contre l’âme, le jihâd an-nafs, nous permet de rechercher la rectitude, al-istiqâma, une rectitude qui nous prépare au redressement de la résurrection. Mais qu’est-ce que la rectitude ? C’est vivre chaque instant dans la présence à Allah, comme si nous faisions déjà face à Lui au moment de la résurrection. Certes, Lui est toujours présent, mais nous ne sommes pas présents à Lui, car nous sommes obscurcis et ignorants, zhalum jalul. L’istiqama, c’est prendre la voie droite, le plus court chemin pour être présent à Allah, c’est mettre en œuvre l’ihsan, qui consiste à adorer Allah « comme si tu Le voyais, car si tu le ne Le vois pas, Lui te voit. »

Chers Frères, chères sœurs, notre bien aimé Prophète (çallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallam) a dit :

comment puis-je me réjouir alors que l’ange de la Trompette l’a déjà embouchée et a déjà entendu l’autorisation d’y sonner ? Quand donc va-t-il recevoir l’ordre d’y souffler ?4

Le Prophète (çallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallam) nous demande la vigilance en ces temps de la fin, et nous avertit de nombreux troubles. Nous voyons hélas les signes de ces troubles se multiplier autour de nous. Nous ne savons pas si nous vivrons le temps de l’heure dernière, mais nous savons que, tous et toutes, nous vivrons la dernière heure de notre vie. Attendons la résurrection dans la gratitude envers Allah. Et profitons donc de ce temps qui nous reste pour continuer nos œuvres d’adoration, rechercher ensemble la rectitude, et multiplier les invocations, car, selon le hadîth rapporté d’après Anas,

L’heure ne se dressera pas tant que quelqu’un dira sincèrement Allah, Allah.


  1. Coran 79 : 6-7.
  2. Coran 7 : 187.
  3. Coran 22 : 1.
  4. Tirmidhî.